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Répertoire

Deux jeunes frères en Algérie

A l'occasion du 30ème anniversaire de la mort du bienheureux Pierre Claverie, plusieurs jeunes dominicains se sont rendus en Algérie cet été. Parmi eux, deux dominicains de notre Province. Ils nous racontent.

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Les jeunes dominicains en Algérie, accompagnés du frère Jean-Jacques Pérennès, OP et du Cardinal Jean-Paul Vesco, OP, archevêque d'Alger © Dominicains de France

Cet été, frère Fons et moi-même avons rejoint une douzaine de frères pour traverser la Méditerranée, à la découverte de l’Algérie. Destination étonnante pour aller en mission ou passer des vacances. L’occasion fut historique : le 30ème anniversaire de la mort de Pierre Claverie, évêque d’Oran et frère dominicain.

La visite d’Alger suscite d’entrée de jeu un dépaysement radical. Ville de corsaires, de commerce et de ruelles étroites, « Alger la Blanche » témoigne aujourd’hui de l’identité blessée d’un pays vaste comme 78 fois la Belgique. Les multiples vagues de colonisations et les noires années 1990 laissent le peuple algérien dans une fierté nationale construite sur un récit en chantier, fait de tabous et de religion. Nous étions à Alger et à Oran pour commémorer un frère qui refusa ce silence délétère.

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© Dominicains de France

Pierre Claverie est ordonné évêque d’Oran en 1981 et y reste jusqu’à sa mort. Il se lie d’amitié avec de nombreux musulmans qu’il considère comme ses frères, sans cesser d’être lui-même un chrétien convaincu. Quand il dénonce publiquement les violences aveugles qui sévissent partout dans le pays au début des années ’90, Pierre reçoit de sérieuses menaces, tandis que des religieuses et des religieux sont assassinés. Un choix de vie s’offre à lui : retourner en sécurité en France ou rester auprès du peuple qui lui est confié. « Ne vaut-il pas mieux nous effacer d’un pays qui se cherche dans la souffrance et dans la violence ? », se demande-t-il en 1994. Il choisit délibérément l’Algérie, sa terre natale et cette portion du peuple de Dieu dont il est le pasteur. Peut-être décisif, ses amis musulmans lui demandent de rester et de s’opposer à un islam totalitaire et sanguinaire. Il reste. Le 1er août 1996 il rentre avec son jeune ami Mohammed de l’aéroport à l’évêché d’Oran – il voyageait par avion, les routes étant devenues trop dangereuses – où ils sont accueillis par une bombe anti-char qui provoque un bain de sang – le sang de Mohammed et de Pierre.

Leur mort sonne le coup d’arrêt des assassinats, tant l’onde de choc bouleverse le monde. « Ils ont tué notre évêque ! » s’exclament les algériens, amis et inconnus. Cette phrase résume le fruit de cette vie donnée. Quelques mois plus tôt, sept moines trappistes de Tibhirine sont enlevés de nuit et tués, sans autre raison que leur présence priante, fidèle et aimante. Nous avons logé deux nuits dans leur monastère, où la Communauté du Chemin Neuf assure la transmission de leur mémoire dans le respect de la tradition monastique. Ce furent, à Tibhirine, des heures de prière intense et de réelle communion avec ces frères qui ont donné leur vie, consciemment, par amour.

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Tibhirine © Dominicains de France

A Oran nous avons passé des moments fraternels avec la communauté chrétienne, rayonnante de joie simple et vraie. Je pense à la sœur de Pierre, à qui on avait demandé de lire un texte autour de la tombe de son frère, le jour du 30eme anniversaire de sa mort. A la surprise de tous, elle a parlé à Pierre, comme s’il était là, sans filtre. Quelle émotion n’était-ce pas de réaliser soudainement que – oui ! – nous croyons bien que Pierre est vivant, lui qui a donné sa vie à la suite du Christ ressuscité ! Pierre Claverie était bien présent, par sa mémoire vivante, par les témoignages de ses proches et peut-être davantage par la communauté chrétienne d’Algérie réunie pour et avec lui.

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Oran © Dominicains de France

Ce pèlerinage en Algérie nous a confronté à une réalité qui ne reste souvent qu’une pieuse idée historique : le martyre. Les témoins des premiers siècles intercèdent pour nous au-delà des âges, parfois au détriment d’une vraie intimité spirituelle. Quand un frère dominicain, qui de surcroît a vécu avec des frères de mon couvent, a donné sa vie par amour, au nom de sa foi en Jésus-Christ, le témoignage prend soudainement du relief. Son exemple brûle d’actualité et nous concerne directement. Pierre Claverie, le bienheureux, me pose cette question : « Frère, comment vas-tu aujourd’hui jusqu’au bout de ta vocation ? De quelle manière acceptes-tu l’appel radical du Christ à la sainteté ? » A moi, à chacun de nous d’y répondre joyeusement.

Merci au frère Jean-Paul Vesco, archevêque d’Alger, pour son accueil fraternel et sa disponibilité impressionnante. Merci au frère Jean Jacques Perennès d’avoir tant œuvré pour que ce voyage puisse avoir lieu, non sans peine, et de nous avoir permis de découvrir ce pays où notre frère Pierre a semé des graines. Aujourd’hui, je vous l’assure, ses arbres portent du fruit !

Bienheureux martyrs d’Algérie, priez pour nous !

fr Julien Hage Goetsbloets, OP et frère Fons Wilmes, OP

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Notre-Dame de Santa Cruz, Oran © Dominicains de France