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Répertoire

fr Alain Arnould, OP

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En Ukraine, avec le cardinal Timothy Radcliffe, OP

26 février – 13 mars 2026

A l’invitation du vicaire provincial d’Ukraine, fr Jaroslaw Krawiec, OP, fr Alain Arnould, OP, a quitté son couvent de Tallinn (Estonie) pour rejoindre le cardinal Timothy Radcliffe, en Ukraine. Découvrez son reportage.

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Le cardinal Timothy Radcliffe, OP, en Ukraine © op.org

Le cardinal Timothy Radcliffe, OP était invité à prêcher une retraite à la famille dominicaine en Ukraine et à lancer la traduction en ukrainien de son livre Les sept dernières paroles du Christ en Croix. Pour le frère Timothy, ce furent des retrouvailles avec l’Ukraine qu’il avait visité il y a 25 ans.

La chronique du voyage qui nous a mené à Kyiv, Fastiv, Kherson, Odessa, Kharkiv et Lviv pourrait être un catalogue de souffrances occasionnées par la guerre.

Dès l’arrivée en la gare centrale de Kyiv, nous apercevons des soldats mutilés montant les escaliers aidés de leurs camarades plus chanceux. Tout au long de ce voyage, nous apercevons des hommes mutilés ; au point de nous émerveiller quand nous voyons un jeune homme marchant normalement !

Sur le chemin de la gare au grand couvent de Kyiv, des bâtiments éventrés se succèdent. Dans toutes les villes où nous faisons étape et dans les campagnes que nous traversons, c’est la même désolation. Installations énergétiques, usines, maisons familiales calcinées par des impacts russes.

A l’école maternelle de Fastiv, les enfants ont préparé des chants et petites danses mais leur regard est bien souvent agar.

À l’hôpital militaire de Kyiv, où frère Olek est aumônier, nous rencontrons John (nom d’emprunt), de nationalité britannique, qui a perdu sa jambe. Il s’est senti appelé à venir en Ukraine pour rejoindre l’armée ukrainienne. Malgré son handicap, il garde le moral et veut rejoindre le front dès que possible. Vassil, lui a déjà subi 22 opérations suite à ses blessures.

Maria (nom d’emprunt) s’est mariée le 15 août dernier. En décembre, son mari a été déclaré perdu au combat. Comment vivre un tel deuil ?

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Visite à l'école primaire paroissiale de Fastiv, tenue par des soeurs et frères dominicains.

A Kharkiv, des religieuses polonaises accueillent des femmes célibataires avec leurs enfants, certains handicapés. Issues de contextes sociaux complexes dans la zone de combats, elles trouvent un havre de sécurité relative chez les sœurs.

A Lviv, le cimetière militaire est plein. Chaque tombe est arborée de drapeaux. Des luminions gardent en vie la mémoire de chacun. De petits bancs permettent aux proches de venir pleurer leur disparu. La distinction entre patriotisme et nationalisme est fine et périlleuse.

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Rencontre avec les femmes célibataires et leurs enfants au centre d'accueil des soeurs Orione à Kharkiv - fr Alain Arnould, OP | Cimetière de Lviv

Ou encore, ce que nous avons vécu à Kherson. La ville a été sous occupation russe pendant quelques mois mais l’armée ukrainienne l’a reconquise. Actuellement située sur la ligne de front sur la rive droite du majestueux fleuve Dniepr, le centre de la vielle ville a été largement abandonné par ses habitants. Des 300.000 habitants avant l’invasion, quelque 25.000 sont restés sur place. Comme les besoins en énergie ont chuté de 90%, l’électricité reste disponible.

Nous y avons été accueilli pour deux nuits par le curé de la paroisse du Sacré Cœur, Maksym, et son sacristain, Serge qui sont restés avec quelque 25 paroissiens. À 300 mètres du presbytère, on entrevoit la rivière Dniepr et le port, mais la zone est inaccessible. Les rues sont désertes, les vitres des élégantes maisons ont été remplacées par des panneaux en bois. Les quelques habitants qui sont restés, principalement des personnes âgées, se déplacent hâtivement pour le strict nécessaire. Un silence accablant s’impose. Il permet de distinguer le vrombissement des drones qui envahissent sans cesse l’espace aérien ukrainien. Un essai de promenade nous permet de nous rendre compte de l’expertise de Maksym et Serge, qui nous indiquent où nous abriter quand un drone se fait entendre au-dessus de nos têtes. Habituellement, ce son est suivi par une explosion causée par l’artillerie ukrainienne qui abat l’engin.

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Maksym, le courageux curé de la paroisse catholique de Kherson avec des pains cuits dans la boulangerie établie grâce à des fonds du Vatican et dont les ingrédients sont fournis par le Centre Saint-Martin-de-Porrès de Fastiv | Décoration de carême devant l'autel de l'église paroissiale du Sacré-Coeur de Kherson. Des éclats d'obus sont déposés au pied du Christ portant la croix.

« Kherson est un bon lieu pour réfléchir au paradis », me dit Serge. Stanislaw, le bénévole polonais qui depuis quatre ans a rejoint le Centre Saint-Martin de Porrès et qui assure les transports d’aide humanitaire ajoute : « Sur la ligne de front, il n’y a pas d’athées ». Dans l’église paroissiale, nous célébrons l’Eucharistie ensemble avec deux paroissiennes. Les circonstances comme celles-ci aident à comprendre l’Eucharistie comme force d’espérance.

Dans ce contexte difficile, les bénévoles de Saint-Martin de Porrès font à Kherson un travail humanitaire remarquable. Deux fois par mois, des camionnettes parcourent les 500km qui séparent Fastiv de Kherson pour apporter de quoi nourrir ceux qui sont restés. Avec le soutien financier du Vatican, une boulangerie a pu être fondée. En 2025, et cela pour la troisième année consécutive, ce sont 125.000 repas qui ont été distribués aux habitants de Kherson. Avec ce que nous apportons, 2000 sacs avec de l’huile, du riz, du pain et des conserves sont préparés par une formidable équipe de bénévoles locaux. Il faut aussi écouler 1,5 tonne de cassoulet arrivé de France !

Nous pourrions remplir des pages entières énumérant les souffrances que nous avons rencontrées et qui témoignent de la folie de la guerre et des mythes nationalistes. Il ne faut pas se voiler la face : le coût humain de cette guerre, comme toute guerre, est incommensurable. Chaque guerre est un terrible échec, tout le monde en sort perdant.

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Entrepôt logistique du Centre Saint-Martin de Porrès à Kherson | Magena, bénévole et membre de la fraternité dominicaine de Varsovie-Fretta au centre de distribution de repas de Kherson

Cardinal Timothy Radcliffe, OP

www.op.org

“En temps de guerre, les chrétiens sont appelés à être des porteurs d'espoir.”

Tout au long de ces quinze jours intenses de rencontres, prières et, pour le frère Timothy, avec toute la pression médiatique en plus, nous avons aussi croisé des hommes et des femmes remarquables qui se donnent sans compter pour accompagner les souffrances des Ukrainiens. L’attention aux enfants est impressionnante tout comme la générosité de nombreux bénévoles locaux et étrangers. Les diverses Caritas de l’Église forment la plus grande ONG humanitaire du pays.

Il y a également la résilience des habitants qui sont restés et qui, chacun dans leur secteur, permettent à l’économie de continuer à plus ou moins fonctionner. Le dévouement du personnel ferroviaire qui parcourt les 1000km de Kharkiv à Lviv avec à peine 10 minutes de retard malgré une infrastructure vieillissante. Le directeur de l’hôpital militaire qui confie à Dieu les heures qu’il passe à accompagner les souffrances des blessés. Les professeurs du département d’arts sacrés de l’Académie Nationale des Arts à Lviv qui produisent des icônes qui donnent des images aux douleurs de la guerre. Les Carmélites de Kharkiv qui prient pour le pays. Les éboueurs de cette ville à l’architecture grandiose, qui gardent la ville dans une propreté qui devrait faire pâlir beaucoup de villes occidentales. Les prêtres et religieuses qui restent avec la population locale alors qu’ils pourraient très bien quitter les lieux.

La gentillesse de l’accueil dont nous avons bénéficié pendant ces quinze jours et la gratitude pour notre prière et la solidarité de l’Ordre, y compris de la part de Prier dans la Ville. Les frères enseignants de l’Institut Saint-Thomas d’Aquin de Kyiv qui continuent à assurer des cours. Les laïcs dominicains qui se sont déplacés en nombre des quatre coins du pays pour venir participer à la retraite du frère Timothy. Nous les avons reçus comme des témoignages de foi qui nourrissent l’espérance. La guerre montre le pire et le meilleur de l’humain.

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Cardinal frère Timothy Radcliffe, OP pendant sa conférence à Kharkiv | Visite aux soeurs clarisses de Kharkiv | Séance de signature de la traduction ukrainienne du livre 'Les sept paroles du Christ en croix' à Kharkiv : de gauche à droite: Liam, un bénévole américain, le frère Jaroslaw, le frère Jacek et le frère Timothy

Par un sourire, un regard qui a du mal à retenir les larmes, une bénédiction, une prière, une accolade, un moment d’écoute, éventuellement une parole (mais que dire face à de telles souffrances ?), nous avons essayé d’exprimer notre proximité et de faire sentir que l’injustice à laquelle l’Ukraine et les Ukrainiens fait face n’est pas oubliée. L’Ordre y est présent de manière impressionnante. L’Ukraine n’est pas aussi lointaine que nous le pensons parfois en Europe occidentale. Ne détournons pas notre regard de ce qui s’y déroule. Que notre prière pour que justice et paix puissent s’embrasser sur le sol d’Ukraine!

Fr Alain Arnould, avec la complicité des frères Timothy Radcliffe et Jaroslaw Krawiec

Vers le reportage de Vatican News

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Affiche pour la libération de prisonniers de guerre |Carte de l'Ukraine (territoire avant l'occupation russe) |L'accès à et le départ de Kherson se fait sous des filets tendus au-dessus de la chaussée

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Arrivée à Kherson (XEPCOH) : de gauche à droite: frère Jaroslaw, frère Timothy et frère Alain