Le titre de la journée d’étude, à laquelle ont participé plus de soixante frères, moniales, sœurs et laïcs dominicains néerlandais, était : « Que tous soient un. Liberté dans la communion ».
La communion ne nous est pas étrangère
Fermer la porte derrière soi, éviter de faire du bruit lorsqu’on rentre tard le soir d’une « inévitable et importante tournée d’évangélisation ou simplement après avoir bu une bière ». De tels exemples du quotidien montrent clairement que les Dominicains ne conçoivent pas la communion de manière excessivement abstraite ou éthérée. « La communion commence par la charité concrète envers le prochain, et non, en règle générale, par la théologie », a déclaré frère Patrick Lens, théologien et psychothérapeute, le samedi 30 mai à Huissen (Pays-Bas), lors de la journée d’étude annuelle du Dominicaans Besturen Beraad.
Journée d'étude à Huissen (NL), samedi 30 mai 2026 © Yvon Westhuis
fr Patrick Lens, OP
“Le fait qu’il existe des conflits n’est pas en soi problématique. Plus graves sont les conflits que l’on n’affronte jamais réellement.”
« La communion ne sera pas seulement notre propre œuvre »
La communion peut bien, selon frère Patrick Lens, relever d’un engagement très concret, elle n’en mobilise pas moins — chez les Dominicains, et donc chez lui également — une part importante de théologie. Non sans raison, bien entendu, car l’engagement pour une vie commune harmonieuse s’enracine dans une profondeur de foi.
« Pourquoi vous êtes-vous réunis au monastère, sinon pour vivre dans l’unité, pour n’être qu’un seul cœur et une seule âme en Dieu ? », écrivait déjà saint Augustin dans sa Règle, qui sert aussi de fondement à la vie monastique des Dominicains. Le cœur est le lieu de nos émotions et de nos décisions, expliquait frère Patrick. Et l’âme ? « On pourrait considérer l’âme comme la profondeur insondable de l’être humain, le lieu où nous sommes nous-mêmes sans nous être nous-mêmes façonnés, le lieu où nous sommes connus et aimés de Dieu. C’est pourquoi la communion ne contourne pas notre âme. La communion ne sera pas seulement notre propre œuvre. »
Joie
« Au fondement de notre vocation, de notre vie commune, se trouve la joie. Pour reprendre les mots d’Augustin : la joie comme l'“état objectif de notre existence”. La joie, parce que “le Seigneur est proche”, parce que je vis dans l’espace de Dieu. »
Pour fr Patrick Lens, il ne s’agit pas d’une conviction abstraite, mais d’une réalité vécue. « Cela existe réellement : la fraternité dominicaine ! », s’est-il exclamé avec enthousiasme. Et les participants à la journée d’étude se sont montrés profondément d’accord avec lui au cours de leurs échanges en petits groupes : la fraternité et la sororité dominicaines existent bel et bien !
fr Patrick Lens, OP © Yvon Westhuis.
© Yvon Westhuis
Conflits
Cela ne signifie pas pour autant que les conflits n’existent pas, bien entendu. Patrick Lens, dominicain et psychothérapeute, dit avoir appris au couvent à « faire conflit » : « Le fait qu’il y ait des conflits n’est pas problématique. Plus graves sont les conflits que l’on n’affronte jamais réellement. Le problème n’est pas le conflit en soi, mais l’absence de lien au sein du conflit. Dans un monde qui risque de se déchirer entre idéologie et post-idéologie, où l’on réfléchit fortement à l’identité ou, au contraire, s’y oppose, où chacun cherche sa propre singularité, la réflexion sur le lien et la relation devient essentielle. Cela vaut aussi pour la situation géopolitique actuelle : on dirait que partout dans le monde, on se met soudain à rechercher le conflit… »
« Que tous soient un »
S’il s’agissait d’un hasard, ce fut alors un heureux hasard, voire un hasard habité de foi : cette journée d’étude et de rencontre placée sous le signe de « l’unité et de la diversité » s’est tenue la veille du dimanche de la Sainte Trinité.
Les participants à cette journée ont donc conclu leur rencontre dans la prière, en chantant les vêpres de cette fête, avec en leur cœur la prière : « Que tous soient un ».
© Yvon Westhuis