Une création en souffrance… (Romains 8,18-23)
J’estime qu’il n’y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire qui va être révélée pour nous. En effet la création attend avec impatience la révélation des fils de Dieu. Car la création a été soumise au pouvoir du néant, non pas de son plein gré, mais à cause de celui qui l’a livrée à ce pouvoir. Pourtant, elle a gardé l’espérance d’être, elle aussi, libérée de l’esclavage de la dégradation, pour connaître la liberté de la gloire donnée aux enfants de Dieu. Nous le savons bien, la création tout entière gémit, elle passe par les douleurs d’un enfantement qui dure encore. Et elle n’est pas seule. Nous aussi, en nous-mêmes, nous gémissons ; nous avons commencé à recevoir l’Esprit Saint, mais nous attendons notre adoption et la rédemption de notre corps.
Ce passage de la lettre aux Romains offre un cadre aux deux autres lectures de ce dimanche. Un cadre aux dimensions du monde. Pour Paul, la création a pour but la manifestation de ce qu’est Dieu (sa « gloire ») et l’épanouissement maximal de l’être humain. Mais le temps présent est marqué par la souffrance, car le projet de vie et de bénédiction du créateur est livré à la vanité, au néant et à la dégradation. Pourquoi ? Parce que les humains se laissent mener par le bout du nez par leur convoitise, leur désir insatiable. Malgré tout, Paul voit dans cette souffrance une raison d’espérer. Elle est un peu comme les douleurs de l’accouchement, qui débouchent sur une vie nouvelle. Les souffrances présentes sont le signe d’un monde en « travail », qui sort douloureusement de l’esclavage et de la prison où la convoitise l’enferme, pour entrer dans un temps nouveau où le projet de vie de Dieu ne rencontrera plus d’obstacle et où les humains pourront s’épanouir pleinement, conformément au désir de Dieu.
Ce cadre que Paul décrit épouse la dynamique même de la Bible. Ce mouvement part de la création dévoyée par les choix malheureux des humains qui refusent les limites nécessaires à la vie en commun et au respect d’autrui, de la terre et de la vie (= début de la Genèse). Il culmine dans la révélation du monde tel que Dieu désire qu’il soit (= fin de l’Apocalypse). Mais pourquoi Paul croit-il que les souffrances que la création et l’humanité traversent dans l’histoire sont un douloureux « travail » d’enfantement d’un monde nouveau ? Pourquoi parle-t-il de l’espérance de la création ? Parce que, à ses yeux, Dieu ne se résigne pas à l’échec de son projet de vie, comme le manifeste la résurrection de Jésus. Par son Esprit de sainteté, il œuvre dans l’histoire : il lutte contre la convoitise, cet esclavage qui sème la mort, pour en libérer le monde et les humains. Avant lui, le prophète Isaïe affirmait que c’est par sa parole féconde et vivifiante que Dieu travaille au cœur du monde.