Un Dieu généreux dont la parole vivifie (Isaïe 55,1-3)
Ainsi parle le Seigneur : « Vous tous qui avez soif, venez vers l’eau ! Même si vous n’avez pas d’argent, venez acheter et consommer, venez acheter sans argent, sans payer, du vin et du lait. Pourquoi dépenser votre argent pour ce qui ne nourrit pas, vous fatiguer pour ce qui ne rassasie pas ? Écoutez-moi attentivement de manière à manger de bonnes choses : vous vous régalerez de plats savoureux ! Tendez l’oreille ! Venez à moi ! Écoutez pour que vous viviez. Je m’engagerai en votre faveur dans une alliance éternelle : ce sont les dons bienveillants garantis à David ».
La deuxième partie du livre d’Isaïe (ch. 40–55) est une ample annonce de bonheur. Déporté à cause de ses fautes (c’est du moins sa lecture), le peuple est en passe d’être libéré. Bientôt, il rentrera dans son pays où son dieu le ramènera triomphalement. Ce sera un véritable nouvel exode, car le Seigneur refera pour Israël ce qu’il a fait jadis lors de la sortie d’Égypte et pendant la traversée du désert sous la houlette de Moïse.
L’extrait proposé ce dimanche n’est d’ailleurs pas sans faire écho à l’épopée de l’exode. On se souvient de ces récits qui racontent comment Dieu prend soin de son peuple sorti d’Égypte tout au long de son chemin au désert. En particulier, il veille à ce que ni l’eau ni le pain ne lui manquent. Chaque matin, la manne apparaît à la surface du désert. Quant à l’eau, une antique légende juive basée sur un passage du livre des Nombres (21,16-18) raconte comment un puits accompagnait le peuple pour qu’il trouve de quoi boire à chacune de ses étapes (Paul y fait écho dans sa première lettre aux Corinthiens, ch. 10, v. 4 où il applique la légende au Christ : après leur sortie d’Égypte, « [nos pères] buvaient à un rocher spirituel qui les suivait – ce rocher, c’était le Christ »).
C’est cette thématique « boisson et nourriture providentielles » que le prophète reprend ici. À ses yeux, la boisson et la nourriture dispensées par la générosité divine sont disponibles en permanence, et gratuitement. Le Seigneur y insiste : même pour qui n’a pas de quoi payer, l’eau mais aussi le vin et le lait sont là. On peut les recevoir non seulement sans argent mais aussi sans la fatigue qui permettrait de les gagner ; les bonnes choses, les mets succulents aussi sont à disposition. Bref, pas seulement de quoi se sustenter, mais de quoi se rassasier en se faisant plaisir comme lorsque l’on participe à un banquet de fête gracieusement offert.
Mais que viennent faire les appels répétés à l’écoute dans un tel contexte ? En réalité, ils donnent la clé de ce qui précède. À cette lumière inattendue, en effet, le don de vivres apparaît comme une métaphore : la nourriture et la boisson, celles qui entretiennent la vie et lui donnent du goût au point d’en faire une fête, c’est la parole du Seigneur. Dans le livre du Deutéronome, Moïse disait déjà qu’au désert, en accordant la nourriture à son peuple, le Seigneur lui enseignait que l’être humain ne vit pas que de pain, mais aussi et surtout de la parole qui sort de la bouche de Dieu. C’est pourquoi – ajoute Isaïe –, parce que cette parole fait vivre, elle mérite que l’on tende l’oreille pour l’écouter avec attention. On y percevra alors que Dieu s’engage à être bienveillant et fidèle en faveur de quiconque l’écoute, comme il l’a été en faveur de David. Et, dans la suite du chapitre, le prophète prolonge cette annonce et précise : cette bienveillance fidèle de Dieu se fait miséricorde pour ceux qui le cherchent et vont vers lui en se détournant du mal (v. 6-9) ; sa parole est efficace et donne de connaître une vie féconde (v. 10-11) ; grâce à elle, l’exode, cette marche exaltante vers la liberté et la vie, est toujours possible (v. 12-13).