Jour du Seigneur (Sophonie 2,3 ; 3,12-13)
Cherchez le Seigneur, vous tous, les humbles du pays, qui pratiquez sa loi. Cherchez la justice, cherchez l’humilité : peut-être serez-vous à l’abri au jour de la colère du Seigneur. […]
Je laisserai en ton sein [Jérusalem] un reste de petites gens humbles ; ils chercheront refuge dans le nom du Seigneur. Ce reste d’Israël ne commettra plus d’injustice ; ils ne diront plus de mensonge ; dans leur bouche, plus de langage trompeur. Mais ils pourront paître et se reposer, et personne pour les faire trembler.
Inutile d’épiloguer encore à propos du censeur. Ici, il s’en donne à cœur joie aux dépens du pauvre Sophonie ! Tout cela pour recomposer un texte incohérent ! Mais tout le monde sait que l’Ancien Testament et la cohérence ne font pas bon ménage…
Pauvre Sophonie, donc. Ce prophète, contemporain de Jérémie, assiste au délitement de la société judéenne. Sa réaction témoigne de la colère de Dieu, qui éclate dès les premiers mots du livre : « Je vais tout faire disparaître, disparaître de la surface de la terre, oracle du Seigneur » (1,2). Dénonçant les fautes répétées du peuple, Sophonie annonce la venue du jour du Seigneur, « jour de fureur, de détresse, d’angoisse, de ténèbres et d’obscurité, de nuée et de sombres nuages » (1,15), « jour de la fureur du Seigneur où, au feu de sa jalousie, tout le pays sera dévoré, car c’est à une destruction qu’il va se livrer, et elle sera terrible : tous les habitants du pays » (1,18). L’expansion de l’empire assyrien, réputé pour sa cruauté, inspire en effet au prophète la conviction qu’une catastrophe est imminente et qu’elle est voulue par son dieu. Mais, ajoute-t-il, n’est pas trop tard pour se détourner d’une manière de vivre insensée. D’où cet ardent appel : « Cherchez le Seigneur, tous les humbles du pays, qui pratiquez sa loi. Cherchez la justice, cherchez l’humilité : peut-être serez-vous à l’abri au jour de la colère du Seigneur. » Ce « peut-être » n’exprime pas le doute, mais l’espoir : celui d’échapper au malheur inévitable qui va frapper ceux qui, par leur conduite coupable, l’auront provoqué.
Le prophète enchaîne avec d’autres menaces, d’abord contre les nations ennemies de Juda – Philistins, Crétois, Moabites, Ammonites, Nubiens et autres Assyriens –, puis contre Jérusalem qui, sourde à l’appel prophétique, n’a pas mis sa confiance en Dieu. Son peuple s’est entêté dans le mal. Aussi, « au feu de sa jalousie, tout le pays sera dévoré » (3,8). Mais cette destruction n’aura qu’un temps : l’espoir du Seigneur, en effet, c’est que, dans le pays purifié par cette guerre sans pitié, un peuple saint puisse vivre en harmonie avec lui. Il dit à Jérusalem : « Je laisserai en ton sein un reste de petites gens humbles ; ils chercheront refuge dans le nom du Seigneur. Ce reste d’Israël ne commettra plus d’injustice. Ils ne diront plus de mensonge : dans leur bouche, plus de langage trompeur. Mais ils pourront paître et se reposer, et personne pour les faire trembler ». Et d’inviter la ville à éclater de joie parce que le Seigneur sera enfin son roi. « Le roi d’Israël, le Seigneur, est au milieu de toi : tu n’as plus à redouter le malheur. Ce jour-là, on dira à Jérusalem : “N’aie pas peur, Sion, que tes bras ne faiblissent pas ! Le Seigneur ton dieu est au milieu de toi, héros vainqueur. Il est plein de joie à ton propos, il te renouvellera par son amour, il se réjouira à ton sujet en chantant. » (3,15b-17) Voilà un texte susceptible de nourrir la compréhension du règne de Dieu, un règne qui ne s’établira que là où « justice et droit peuvent être l’assise de son trône » et où « l’amour bienveillant et fidèle peut le servir » (Psaume 89,15). Ce qui ne se fera pas sans que le mal soit combattu.