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Répertoire
Chuyen Pham
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Jeudi Saint

Du sang de l’Agneau au bassin d’eau : un itinéraire d’amour pascal

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Fresque de la pharmacie de Santa Maria Novella, Florence (IT) © Lawrence Lew, OP

Ce soir, nous entamons ensemble un itinéraire spirituel qui nous mènera de la nuit de la Pâque d’Israël en Égypte à la chambre haute de la Cène, à Jérusalem. Si, dans le livre de l’Exode, le peuple de Dieu est sauvé par le sang de l’agneau appliqué sur les montants des portes pour que l’Exterminateur passe outre, dans l’Évangile selon saint Jean, nous rencontrons l’Agneau véritable : Jésus.Il n’utilise pas de sang sur les boiseries, mais de l’eau pour laver les pieds de ses disciples, avant de verser son sang sur la croix pour libérer l’humanité de l’esclavage du péché.

En regardant le bassin et le linge ce soir, nous contemplons un Dieu déconcertant. Il est le Maître et le Seigneur, et pourtant il choisit de se faire esclave.

Ce lavement des pieds est en réalité une purification par la Parole. Lorsque le Seigneur dit à Pierre : « Quand on vient de prendre un bain, on n’a pas besoin de se laver, sinon les pieds », nous pouvons y voir une allusion au sacrement du baptême, par lequel nous avons été purifiés une fois pour toutes. Cependant, durant notre pèlerinage terrestre, nous devons encore fouler les chemins poussiéreux de l’égoïsme, des passions et des chutes quotidiennes. Cette poussière ne nous fait pas perdre notre identité d’enfants de Dieu, mais elle nous alourdit et nous souille.

Le Seigneur utilise sa Parole comme une eau vive pour purifier nos âmes. Chaque fois que nous l’écoutons et l’accueillons avec foi, elle purifie nos calculs étroits et les ténèbres de notre esprit. Le plus grand orgueil de l’homme consiste à refuser l’amour de Dieu et à refuser qu’il s’agenouille devant notre misère.Pierre avait d’abord refusé, se sentant indigne ; pourtant, Jésus nous enseigne que pour « avoir part » avec lui, nous devons être assez humbles pour le laisser nous servir.

Après avoir lavé les pieds, Jésus nous laisse un testament par l’action : « C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. » C’est une spiritualité de vie, une « mesure » pour le chrétien, particulièrement dans la vie de famille. En famille, « laver les pieds » signifie l’indulgence et le pardon.

C’est quand l’épouse ou l’époux sait utiliser des paroles de douceur pour panser les blessures du cœur de l’autre, au lieu de critiquer les « taches » aux pieds de son conjoint.

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© Pixabay

D’une certaine manière, cet esprit du lavement des pieds invite les enfants à redécouvrir leurs devoirs. Laver les pieds de ses parents, c’est savoir s’incliner pour écouter leurs soucis, parfois répétitifs ou difficiles. C’est aussi savoir utiliser des paroles empreintes de piété filiale pour « nettoyer » la fatigue et l’angoisse qui se lisent sur leur visage après une vie de labeur. Un enfant qui sait « laver les pieds » est celui qui répond à l’amour par une vénération sincère, surtout lorsque les jambes de ses parents sont fatiguées et que leur esprit décline. Ne laissons pas notre ego de jeunesse nous empêcher de nous agenouiller pour prendre soin de ceux qui ont sacrifié leur vie entière pour nous.

Le vrai pouvoir, c’est le service.

Dans la communauté, « laver les pieds » signifie abolir les distances hiérarchiques ; c’est oser s’abaisser pour toucher la souffrance de nos frères et sœurs plutôt que de rester debout pour les juger. Jésus ne se lasse jamais de nous laver les pieds ; c’est nous qui nous lassons de lui demander. C’est pourquoi, ce soir, laissons la Parole de Dieu purifier la poussière qui s’est accumulée dans le cœur de chacun. Jésus, le Bon Pasteur, nous a montré l’exemple du service ; devenons à notre tour de « bons chrétiens » en servant les autres.

En ce jour où le Christ institue le sacrement de l’Ordre pour l’édification de la communauté. Le Jeudi Saint est également la fête des prêtres, je voudrais vous confier une pensée. Nous, les prêtres, sommes des hommes ordinaires, comme vous. Le sacerdoce que le Seigneur et l’Église nous ont confié est un « trésor porté dans des vases d’argile » ; nous sommes fragiles et vulnérables. Sans la grâce de Dieu, sans vos prières et votre soutien, nous risquons de nous briser nous aussi. S’il vous plaît, priez beaucoup pour nous. Priez également pour qu’il y ait de nombreuses vocations dans l’Église.

Dans notre milieu de vie, utilisons le bassin de l’amour serviteur et le linge de l’indulgence,afin que nos familles et nos communautés deviennent réellement le lieu où l’amour pascal du Seigneur est toujours présent pour guérir et relever les pas fatigués et souillés.

Amen.

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© Vatican news