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Répertoire
Philippe Henne
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3ème Dimanche de Pâques

Les disciples d’Emmaüs
« Alors leurs yeux s’ouvrent et ils le reconnurent »

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Dimanche dernier, nous avons médité sur l’incrédulité de Thomas. Aujourd’hui, nous sommes invités à réfléchir sur le désespoir des disciples d’Emmaüs. Ces deux situations sont toutes différentes et elles ont reçu une réponse adaptée à cette différence. Thomas avait réagi comme un intellectuel, un scientifique. C’était un homme charnel. Il lui fallait toucher la réalité du corps ressuscité. Au contraire, les disciples d’Emmaüs étaient sentimentaux, affectifs. Ils avaient espéré que Jésus serait le sauveur d’Israël. Mais il était mort et enterré. Et, avec lui, tout leur avenir s’était effondré. C’était comme après une violente dispute ou une cruelle séparation dans un couple. On avait mis tant de joie et d’espoir dans la construction de cette relation. Et voilà que tout était brisé.

Que fallait-il faire maintenant ? En quoi, en qui pouvions-nous encore croire et espérer?

C’est à ce moment-là que commença une longue descente aux enfers. Depuis le sommet de la montagne de Jérusalem, où ils avaient accueilli triomphalement Jésus, comme depuis notre entrée triomphale dans l’église au bras de notre conjoint, nous sommes parfois descendus dans la vallée des larmes. La tête baissée, nous avons croisé des gens que nous ne connaissions pas, des personnes que nous ne connaissions plus. Certains nous ont parlé, mais on ne les comprenait pas. Certains nous ont expliqué toute notre histoire depuis le début, mais nous étions alors noyés par leurs paroles et par notre chagrin.

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Et puis, soudain, ce fut le déclic. Le ciel noir rempli de sombres nuages s’était déchiré. Un mot, un regard avait suffi à soulever la chape oppressante de notre désespoir.

Le rayon éclatant de l’amour et de la tendresse avait fait éclater la croute durcie qui couvrait les plaies de notre coeur ensanglanté. Cela pouvait être le sourire spontané d’un enfant ou bien l’appel inattendu d’un ami oublié ou encore la rencontre de Paul et de Jésus sur le chemin de Damas. Ici, ce fut le partage du pain béni et consacré. Combien de fois ne sommes-nous pas restés passifs et inattentifs pendant la célébration de l’eucharistie ? Combien de fois, plongés dans nos pensées concrètes et matérielles, n’avons-nous pas pensé à ce que nous allions dire ou faire l’après-midi ou le lendemain pour résoudre un problème financier ou matériel ?

Quand le prêtre rompt le pain, c’est le Corps du Christ qu’il partage.

Ce n’est pas un corps de souffrance et de douleurs qu’il nous donne.C’est le corps du Christ ressuscité qui nous apporte une résurrection toujours renouvelée.

C’est en voyant ce geste de partage que les disciples d’Emmaüs ont vu l’immense don de Jésus-Christ. Ils sont alors vite remontés vers Jérusalem non pas pour célébrer une nouvelle entrée solennelle, mais pour, eux aussi, partager ce qu’ils avaient découvert : le triomphe de Dieu sur tous nos échecs, la tendresse du Christ offerte par les mains d’un inconnu rencontré en cours de route, et nous par les mains d’un prêtre à l’intérieur d’une église.

Oui, ils avaient découvert que Dieu était plus fort qu’ils ne le pensaient. À nous aussi, de faire la même découverte.

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