Jésus vient d’accomplir plusieurs miracles : celui de la fille de Jaïre et de la femme qui perdait beaucoup de sang. Mais ce ne sont là que des miracles individuels. Jésus voit l’immense misère des foules qui accourent vers lui. Et, face à ce spectacle, il est saisi de compassion.
Cette curieuse expression « saisi de compassion » essaie de traduire le verbe grec qui, littéralement, veut dire « être pris aux entrailles ».
Cela désigne ce qui se passe quand une femme, une mère de famille, voit son enfant souffrir ou être en danger de mort. Cela la saisit aux entrailles. C’est quelque chose de spontané, qu’elle ne peut pas contrôler. Ce n’est pas simplement avoir de la pitié : ce serait trop cérébral. C’est vraiment quelque chose de physique. La mère de famille souffre dans sa chair de voir son enfant souffrir.
C’est la même chose pour Jésus : il voit tant de gens dans la souffrance : toutes ces personnes sont fatiguées et « prostrées comme des brebis qui n’ont pas de berger », nous dit l’évangile. Ils sont comme ces Ukrainiens ou ces Libanais qui fuient leurs villes bombardées. Ils ont marché pendant des heures, dans la peur. Ils ne savent où aller, mais il faut qu’ils partent, qu’ils quittent tout parce qu’ils risquent de perdre la vie. Certains d’entre nous ont eu des parents qui ont connu cette même épreuve. C’était l’évacuation en 1940. Ils étaient partis vers l’inconnu, en ayant pour seuls bagages la peur et l’épuisement de longues journées de marche.
Voilà ce que Jésus voit devant lui. Voilà ce que, nous aussi, nous connaissons parfois, pas aussi fort que les Ukrainiens et les Libanais, mais c’est tout de même l’inquiétude devant l’avenir pour nous-mêmes ou pour nos proches. C’est parfois aussi la fatigue devant toutes ces difficultés administratives ou financières, devant tous ces examens médicaux que nous devons subir et toute cette détresse dans les couples qui nous entourent.