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Répertoire
Philippe Henne
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11ème Dimanche ordinaire

« Jésus fut saisi de compassion pour les foules »

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© Lawrence Lew, OP

Jésus vient d’accomplir plusieurs miracles : celui de la fille de Jaïre et de la femme qui perdait beaucoup de sang. Mais ce ne sont là que des miracles individuels. Jésus voit l’immense misère des foules qui accourent vers lui. Et, face à ce spectacle, il est saisi de compassion.

Cette curieuse expression « saisi de compassion » essaie de traduire le verbe grec qui, littéralement, veut dire « être pris aux entrailles ».

Cela désigne ce qui se passe quand une femme, une mère de famille, voit son enfant souffrir ou être en danger de mort. Cela la saisit aux entrailles. C’est quelque chose de spontané, qu’elle ne peut pas contrôler. Ce n’est pas simplement avoir de la pitié : ce serait trop cérébral. C’est vraiment quelque chose de physique. La mère de famille souffre dans sa chair de voir son enfant souffrir.

C’est la même chose pour Jésus : il voit tant de gens dans la souffrance : toutes ces personnes sont fatiguées et « prostrées comme des brebis qui n’ont pas de berger », nous dit l’évangile. Ils sont comme ces Ukrainiens ou ces Libanais qui fuient leurs villes bombardées. Ils ont marché pendant des heures, dans la peur. Ils ne savent où aller, mais il faut qu’ils partent, qu’ils quittent tout parce qu’ils risquent de perdre la vie. Certains d’entre nous ont eu des parents qui ont connu cette même épreuve. C’était l’évacuation en 1940. Ils étaient partis vers l’inconnu, en ayant pour seuls bagages la peur et l’épuisement de longues journées de marche.

Voilà ce que Jésus voit devant lui. Voilà ce que, nous aussi, nous connaissons parfois, pas aussi fort que les Ukrainiens et les Libanais, mais c’est tout de même l’inquiétude devant l’avenir pour nous-mêmes ou pour nos proches. C’est parfois aussi la fatigue devant toutes ces difficultés administratives ou financières, devant tous ces examens médicaux que nous devons subir et toute cette détresse dans les couples qui nous entourent.

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© Lawrence Lew, OP

Et Jésus est saisi de compassion pour toutes ces personnes désorientées et éprouvées. Alors il change de politique. Jusqu’alors c’était tout seul qu’il avait guéri les malades l’un après l’autre. Maintenant il envoie ses apôtres avec, comme consigne, de guérir eux aussi les malades.

Ce qu’il a fait à petite échelle, les apôtres, c’est-à-dire chacun d’entre nous, nous pouvons et nous devons le faire :

guérir les malades, les blessés de la vie, les meurtris de l’existence, leur apporter la coupe de l’amitié et le pain du réconfort.

Car, et c’est cela qui est émouvant dans l’évangile de Matthieu, c’est quand, pour la deuxième fois, Jésus fut saisi de compassion, c’est quand il vit la foule affamée. Il multiplia alors les pains et les petits poissons pour nourrir la foule. Cela annonçait le sacrement de l’eucharistie que nous allons recevoir. Jésus nous l’a donné parce qu’il est comme une mère qui ne peut pas supporter voir ses enfants affamés d’amour et de tendresse.

Alors il nous donne de la nourriture, alors il se donne en nourriture.

Et c’est grâce à cela que nous pouvons agir comme les apôtres : aller dans le monde et guérir les blessés de la vie.

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© Lawrence Lew, OP