Article header background
Répertoire
Chuyen Pham
image

11ème Dimanche ordinaire

Regarder avec compassion, guérir l’angoisse
« Voyant les foules, Jésus fut saisi de compassion envers elles parce qu’elles étaient désemparées et abattues comme des brebis sans berger » (Mt 9, 36).

image

© iStock

Le Pape François interpelle : « L’Église est comme un hôpital de campagne après une bataille. Il est inutile de demander à un blessé grave s’il a du cholestérol ou si son taux de sucre est haut ! Il faut d’abord soigner ses blessures. »

Cette foule de l’Évangile est notre miroir : vies brisées par la solitude, le péché et le désespoir. Devant elle, le Christ refuse le jugement. Loin de comptabiliser les fautes, Il se fait médecin : d’un regard, Il voit la souffrance ; d’un geste, Il guérit. Aujourd’hui, l’angoisse n’est plus un concept abstrait. Elle ronge l’intimité de nos familles et le cœur de nos communautés.

Regardons notre époque. Le troupeau est épuisé, l’avenir fait peur. Conflits, inflation, injustices : le quotidien est devenu un combat. Les jeunes perdent leurs repères, les adultes craignent le lendemain, les aînés s’enfoncent dans l’isolement.

Jusqu’au cœur de l’Église, les secousses se font sentir. Crises de foi, contre-témoignages, tiédeur. Beaucoup de chrétiens marchent à tâtons, blessés par l’inquiétude pour son avenir. Ce climat d’angoisse durcit les cœurs, engendre la colère, le repli sur soi et la méfiance réciproque.

Devant ce malheur global, l’indifférence du spectateur ou l’indignation stérile sur nos écrans nous guettent.

Le Christ, lui, nous ramène au réel : au milieu de la détresse, sais-tu aimer celui qui est à ton côté ? Dans ta maison ? Dans ta communauté ?

Sainte Teresa de Calcutta nous interpelle : « Il est facile d’aimer ceux qui sont loin. Il n’est pas toujours facile d’aimer ceux qui sont proches. Il est plus facile d’offrir un morceau de pain pour apaiser la faim d’un inconnu que de consoler la solitude d’une personne de notre propre famille. »

Nous pleurons sur les guerres lointaines ; voyons-nous la guerre froide sous notre propre toit ? Dans nos communautés ?


image

© iStock

Vivre la compassion, c’est ...

... regarder son conjoint épuisé par le travail avec tendresse, sans lui infliger de reproches. C’est comprendre le silence d’un adolescent écrasé par la pression, au lieu de l’étouffer sous les exigences. Accueillir la lenteur des parents âgés, sans leur faire sentir qu’ils sont un fardeau. Soutenir le frère ou la sœur qui traverse une crise de foi, sans l’isoler par le bavardage ou le jugement.

« Vous avez reçu gratuitement : donnez gratuitement » (Mt 10, 8).

Notre première mission n’est pas de changer le monde, elle est de ramener la paix là où nous vivons.

Ne laissons pas nos foyers devenir des hôpitaux de campagne désertés par les médecins, où l’on continue de se détruire par le silence et les mots qui blessent.

Le monde reste violent, l’Église traverse sa purification, l’avenir demeure incertain. Pourtant, une certitude demeure : Dieu n’abandonne jamais son troupeau. Il prend soin de nous de mille manières, mais la plus visible reste celle-ci :

le Christ n’a pas d’autres mains que les nôtres pour agir aujourd’hui, Il n’a que nos mains pour accomplir son œuvre.

Sa compassion prend corps à travers nos gestes ; elle transparaît dans nos yeux.

Devenons les ouvriers de Dieu au quotidien.

Plutôt que d’arracher les mauvaises herbes, plantons des fleurs dans son jardin ; au lieu de désespérer, semons l’espérance. C’est ainsi que nous récolterons la joie et une force renouvelée pour nous-mêmes et pour ceux qui nous sont chers. Une famille, une communauté qui sait s’écouter et se pardonner devient alors un havre de paix au milieu de la tempête. Amen.

image

© iStock