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Répertoire
Philippe Henne
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22ème Dimanche ordinaire

« Passe derrière moi, Satan »

Matthieu 16,21-28

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© Pixabay

Saint Pierre est incorrigible. Avec lui, on passe du tout au tout. La semaine dernière, il proclamait que Jésus était le Messie, le Fils de Dieu. Aujourd’hui, il veut retenir Jésus et l’empêcher de monter à Jérusalem pour y subir le supplice de la croix. Tout cela part d’un bon sentiment. Pierre est généreux, spontané. Il dit ce qu’il a sur le coeur, tout de suite, sans réfléchir. Mais voilà, quand Pierre proclamait que Jésus était le Fils de Dieu, c’était sous l’inspiration du Saint-Esprit. Quand il se révolte contre l’annonce de Jésus sur sa mort prochaine, il réagit de façon tout humaine, presque égoïste : pour lui, il faudrait que Jésus reste tout le temps près de lui. Ce n’était plus de la générosité. C’était un caprice d’enfant : « Ne pars pas ! Reste avec moi », dit-il en substance à Jésus. Cette forme d’égoïsme peut se manifester dans un couple. Un homme peut dire à sa femme : « Ne pars pas ! Reste à la maison ! Occupe-toi de moi. »

C’est pour cela qu’il y a un voyage de noces au début du mariage : il faut que les nouveau mariés apprennent à se connaître et surtout à vivre ensemble. Chacun avait sa façon de vivre, de manger, de dormir, de ranger la vaisselle, les vêtements. Tout cela pourrait être un sujet de dispute parce que chacun a ses habitudes et que personne n’aime être dérangé.

De même, saint Pierre voulait garder Jésus comme il le voyait, c’est-à-dire quelqu’un qui faisait des miracles et qui disait de belles choses.

Voilà pourquoi Jésus l’a traité de Satan. Pierre l’empêchait de réaliser sa véritable mission : sauver le monde entier, et pas seulement quelques pécheurs de Galilée. C’est comme si Pierre empêchait Jésus d’être vraiment Fils de Dieu, sauveur du monde.

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Comme homme, Jésus ressentait l’angoisse de son avenir proche : il allait connaître la haine de la foule et la souffrance de la croix. Ce fut la gorge serrée qu’il avait voulu avertir ses apôtres sur sa mort prochaine. Il avait pensé que c’était le bon moment puisque Pierre venait de découvrir qu’il était vraiment Fils de Dieu. Mais Jésus n’a rencontré que de l’incompréhension. C’est comme dans un couple ou dans une famille : un garçon vient de casser un carreau en jouant au ballon, une adolescente vient de tomber enceinte, un homme vient de perdre son travail. C’était lourds de ce terrible secret qu’ils vivaient dans la famille qui s’agitait comme si de rien n’était. Ils ne savaient comment aborder le sujet. Voilà ce que Jésus ressentit devant Pierre : le poids écrasant de son étroitesse d’esprit.

C’est là, le grand défi qui nous est lancé tous les dimanches quand nous venons célébrer la sainte eucharistie : quitter notre simple envie d’être consolés dans les bras de Dieu pour nous élever vers une vie d’adulte, c’est-à-dire construire une communauté nouvelle, une communauté non pas basée sur le seul plaisir d’être ensemble, mais nourrie par l’amour du Christ et tournée vers l’amour fraternel et solidaire.

Le Christ n’est pas une poupée que l’on garde dans ses bras. C’est quelqu’un qui nous prend par la main et nous conduit vers le Royaume des cieux.

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