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Répertoire
Philippe Henne
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24ème Dimanche ordinaire

« Tu pardonneras jusqu’à 7 fois 77 fois »
Mt 18,21-35

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Le baiser de Judas, détail d'un panneau médiéval (années 1460), Fitzwilliam Museum, Cambridge (UK) © Lawrence Lew, OP

Pardonner, ce n’est pas normal, ce n’est pas humain. Nous avons tous été blessés et même presque détruits par la malveillance et la méchanceté de certaines personnes. Cela peut être au travail et cela peut même être dans la famille ou dans le couple. Cela pouvait être une parole maladroite ou une grave trahison. Comment peut-on supporter un tel méfait ? Comment le Christ peut-il nous demander de pardonner, c’est-à-dire de faire comme si rien ne s’était passé ?

Parce qu’il l’a fait lui-même ! Il a été trahi par Pierre. Il a été trahi par Judas. L’un est mort, il s’est suicidé. L’autre a survécu, il est devenu le chef des apôtres. Et surtout Pierre avait accepté d’être pardonné, de tout recommencer avec Jésus, celui qu’il avait trahi, celui devant lequel il avait honte de se trouver. Jésus lui avait juste demandé l’essentiel : « M’aimes-tu ? » Cette réconciliation que Jésus lui avait offert lui avait non seulement donné la paix dans son coeur, mais aussi l’énergie de servir le Seigneur jusqu’à la mort.

À chacun d’entre nous, la liturgie nous offre la possibilité de nous réconcilier : c’est le baiser de paix.

Ce rituel pendant la messe n’est pas simplement un petit bonjour donné par politesse. C’est un geste de réconciliation comme le Seigneur l’avait demandé : « Laisse là ton offrande et va te réconcilier avec ton frère » (Matthieu 5, 24).


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© Lawrence Lew, OP

C’est pour cela que normalement, chez les Dominicains, le prêtre embrasse le calice avant de souhaiter la paix à tous les fidèles. Pourquoi ? Parce que la paix, ce n’est pas quelque chose que l’on se donne ou que l’on crée soi-même.

C’est quelque chose que l’on reçoit. Je reçois la paix quand quelqu’un me dit et me montre qu’il m’aime tel que je suis.

Le Christ est mort sur la croix par amour pour nous et, à chaque eucharistie, il réactualise ce magnifique geste d’amour. Il est mort une fois pour toutes, mais il y a, à chaque eucharistie, le même élan d’amour qui se renouvelle.

Et alors, quand le prêtre a reçu la paix du Christ en embrassant le calice, il se tourne vers ses frères et leur souhaite la paix. Il agit au nom du Christ. C’est le Christ qui, à travers lui, nous souhaite la paix, la réconciliation comme Pierre l’avait reçue quand Jésus lui avait demandé : « Pierre, m’aimes-tu ? »

Et c’est riche de cette paix que le prêtre la transmet, en la donnant à ses voisins qui, à leur tour, la donne à leurs proches. C’est depuis la table de l’autel que la paix du Christ ruisselle à travers toute l’assemblée.

Le pardon et la paix, cela ne se crée pas, cela se reçoit et cela se transmet.

C’est pourquoi le Christ dans l’évangile d’aujourd’hui insiste sur le fait que le premier serviteur avait tout d’abord bénéficié de la générosité de son maître. Chacun d’entre nous, nous avons reçu la bonté et la tendresse de Dieu. C’est à chacun d’entre nous, riches de cet amour, de le transmettre aux autres, non seulement pendant le rite du baiser de la paix, mais aussi dans la vie de tous les jours, avec notre épouse, nos parents, nos enfants.

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© Lawrence Lew, OP