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Répertoire
Chuyen Pham
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26ème Dimanche ordinaire

Le troisième fils

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Statue de sainte Thérèse de Lisieux, Institut Notre Dame de Vie, Venasque (FR) © Lawrence Lew, OP

Paris, août 1887. Sur l’échafaud, Henri Pranzini s’apprête à mourir pour triple meurtre. En prison, il a obstinément refusé de voir un prêtre, refusé la confession, refusé jusqu’à la croix qu’on lui tendait. Tout le monde le croyait perdu.

À des centaines de kilomètres de là, dans le silence de Lisieux, une jeune fille de quatorze ans, Thérèse, apprend la nouvelle. Elle ne le connaît pas. Pourtant, elle ne reste pas les bras croisés : en silence, elle fait offrir une messe et prie, ne demandant qu’une seule chose — que cette âme échappe aux ténèbres.

Et voici que sur l’échafaud, la lame déjà contre son cou, Pranzini se retourne soudainement, saisit la croix des mains du prêtre, et l’embrasse trois fois. Thérèse l’appellera plus tard son « premier enfant », le premier né de sa prière.

Si je raconte cette histoire, c’est qu’elle est l’image vivante du premier fils de l’Évangile : celui qui dit « non » toute sa vie, jusqu’au dernier instant, et qui, en un éclair, se retourne.

Mais une question demeure : pourquoi fallait-il attendre la dernière seconde ? Et qui se tenait là depuis toujours, pour que la porte reste encore entrouverte pour lui ?

Jésus nous dit : « Un homme avait deux fils. Il vint trouver le premier et lui dit : “Mon enfant, va travailler aujourd’hui à la vigne.” Celui-ci répondit : “Je ne veux pas.” Puis, s’étant repenti, il y alla. Le père alla trouver le second et lui parla de la même manière. Celui-ci répondit : “Oui, Seigneur !” et il n’y alla pas. » Lequel des deux, demande Jésus, a fait la volonté du père ? La réponse s’impose d’elle-même : le premier.

Permettez-moi de m’arrêter ici, et de poser une question :

n’y a-t-il vraiment que deux fils ?

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© AVM

Non. Derrière eux, silencieusement, il y en a un troisième. Celui-ci ne dit pas « non » pour finalement y aller. Il ne dit pas non plus « oui » sans y aller. Celui-ci dit « oui », et il y va — jusqu’au bout, jusqu’à la mort sur la croix.

Ce troisième fils, c’est Jésus-Christ lui-même.

Voyez comme cela est beau. Lui qui est de condition divine s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, obéissant jusqu’à la mort de la croix. En Christ, aucune distance entre la parole et l’acte. Il est le « oui » parfait, un « oui » jusqu’à la dernière goutte de sang.

Et voici ce qui touche mon cœur en repensant à Pranzini : s’il a pu se retourner à cet ultime instant, ce n’est pas par sa seule force. C’est parce que ce troisième Fils se tenait déjà là bien avant lui — mort à sa place, ayant entrouvert une porte dont le condamné lui-même ignorait l’existence.

« Si le méchant se détourne de sa méchanceté pour pratiquer le droit et la justice, il sauvera sa vie », nous dit la Parole de Dieu. Comment un homme pourrait-il se retourner par ses seules forces au dernier souffle de sa vie ? C’est impossible. C’est un Autre qui est allé devant lui, obéissant pour tous nos « oui » restés inachevés.

Voilà la véritable Bonne Nouvelle de ce dimanche : ce n’est pas « efforcez-vous d’être le premier fils, gardez-vous d’être le second », comme si tout reposait sur nous. C’est bien plutôt ceci : Quelqu’un est entré dans la vigne avant nous et y est allé jusqu’au bout, afin que chacun de nous — qu’il dise « non » avec entêtement ou « oui » sans y croire — trouve encore un chemin de retour.

Alors, aujourd’hui, le Seigneur ne nous demande pas : « Es-tu le premier ou le second ? » Il nous demande : « Veux-tu entrer dans la vigne avec ce troisième Fils ? »

Henri Pranzini y est allé à la dernière seconde. Et ce troisième Fils nous a ouvert la voie jusqu’à la croix, afin que nous n’ayons pas à attendre l’ultime seconde pour oser croire en sa grâce et en son salut.

Cette semaine, ne laissons pas notre « oui » rester une simple parole en l’air. Faisons-en un pas réel — un mot de réconciliation, une demande de pardon, un geste concret de charité — sur les traces de ce Fils qui nous a précédés et qui nous attend, aujourd’hui même, dans cette vigne. Amen.

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Franco di filippo, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons