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Répertoire
Chuyen Pham
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2ème Dimanche de Carême

L’amour qui traverse la souffrance

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© Lawrence Lew, OP

En ce chemin du Carême, la Liturgie nous invite aujourd’hui à quitter un instant le désert aride pour gravir une haute montagne, là où le Seigneur s’est transfiguré. On pourrait se demander : pourquoi, au milieu de ces jours de pénitence et de sacrifice, le Seigneur nous donne-t-il de contempler une telle gloire ?

La réponse se trouve dans le cœur de Dieu

Il nous montre la destination du bonheur pour nous donner la force de porter notre propre croix tout au long du chemin qui reste à parcourir.

La Parole de Dieu nous appelle à transformer notre regard sur la souffrance. Il y a une vérité importante que nous devons affirmer : le christianisme n’est pas une religion qui adore la douleur. Notre Dieu n’est pas un tyran cruel qui trouverait sa joie dans les larmes des hommes. Jamais !

Pourtant, il y a ici un mystère sublime : Dieu a choisi précisément le chemin de la souffrance pour exprimer son amour infini.

Cet amour ne reste pas à distance pour nous consoler avec des paroles vides. Il s’est incarné pour souffrir avec nous, pour pleurer avec nous. Regardez le cœur des parents ou de ceux qui prennent soin de nous : par amour, ils acceptent de veiller tard, de travailler dur et de se sacrifier. Ils n’aiment pas le malheur ; au contraire, ils puisent dans l’amour pour leurs enfants la force d’offrir leur propre vie. Pour eux, le sacrifice n’est plus un fardeau, il est devenu le langage et la lumière la plus pure de l’amour.

Dieu nous aime ainsi : Il transforme la douleur en un pont de miséricorde.

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© Lawrence Lew, OP

C’est pourquoi le voyage d’Abraham, dans la première lecture, est une préparation silencieuse. Dieu lui demande de quitter tout ce qui lui est familier. C’est une rupture douloureuse. On a pu dire : « l’homme a des lieux dans son cœur qui n’existent pas encore, et la douleur y entre pour qu’ils soient. » Si la vie d’Abraham était restée tranquille, son cœur n’aurait jamais été assez grand pour devenir le père de toutes les nations. L’épreuve joue le rôle du potier qui, de ses mains, vient « creuser » et élargir notre âme.

La souffrance n’est pas là pour détruire ; elle agit plutôt pour agrandir l’espace de notre cœur, nous aidant à aimer et à croire plus profondément.

Sur la haute montagne, Jésus se transfigure. Il n’est pas venu expliquer aux disciples les raisons de la douleur, toutefois Il leur montre par sa lumière qu’Il est présent à leurs côtés. On peut dire : « Dieu n’est pas venu supprimer ou expliquer la souffrance, Il est venu la remplir de sa présence. » Il vient « habiter » nos nuits noires. Il agit comme pour un enfant malade qui n’a pas besoin de leçons de médecine, seulement de sentir sa mère assise à ses côtés et lui serrant la main. Avec Dieu avec nous, l’obscurité de la souffrance n’est plus effrayante, car elle est réchauffée par la lumière du Dieu Amour.

Enfin, Jésus ne laisse pas les disciples rester sur la montagne pour profiter de la gloire. Il leur dit : « relevez-vous et soyez sans crainte ! » avant de les faire redescendre.

Il nous apprend que la meilleure façon de dépasser la souffrance n’est pas de s’enfuir, plutôt de la « traverser ».

Nous ne marchons pas seuls, nous marchons avec Lui. Quand nous faisons face aux difficultés avec confiance, nous transformons la douleur en un chemin qui mène à la vie.

N’ayons pas peur de redescendre de la montagne, et n’ayons pas peur de l’obscurité, car chaque pas fait dans la foi nous rapproche de la lumière de Pâques. Amen.

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