En Belgique, il existe une célèbre station balnéaire nommée Knokke, dont le quartier le plus prestigieux porte un nom très particulier : Het Zoute, qui signifie littéralement « le salé ». Pour transformer ce lieu en un paradis, les habitants ont dû apprendre à maîtriser l’eau salée. Ils ont édifié des digues solides et mis en place des stations de pompage permanentes pour rejeter le sel vers le large et préserver ainsi l’eau douce, source précieuse de vie.
Cette image du « salé » nous ouvre à une vérité spirituelle profonde en ce dimanche de Carême. Chacun de nous vit également dans une sorte de « terre salée » intérieure.Pour préserver l’harmonie et recevoir la vie éternelle, nous devons apprendre à maîtriser ces «amertumes » qui tentent d’envahir notre existence.
Nous voyons la Samaritaine arriver au puits aux environs de midi, l’heure où l’on se cache, préférant la brûlure du soleil à celle des regards méprisants sur son passé. Ses cinq maris, ainsi que l’homme avec qui elle vit désormais et qui n’est pas son mari, sont autant de « gorgées d’eau salée » qu’elle a tenté de boire pour combler son vide intérieur. Mais le paradoxe de l’eau salée est cruel : plus on en boit, plus on a soif.
Plus nous cherchons la satisfaction dans des valeurs éphémères, plus notre âme s’assèche et se laisse ronger par la déception.
En observant le monde, nous constatons que l’humanité commet la même erreur. Au milieu de guerres atroces, on tente d’étancher la soif de paix avec l’« eau salée » de la haine, des armes et de la domination. « La guerre est toujours une défaite pour l’humanité. » Lorsque l’avidité et l’orgueil envahissent le cœur, nous transformons le monde en un désert où la fraternité est étouffée par l’indifférence.
C’est au cœur de cette soif que Jésus arrive. Fatigué, il s’assoit au bord du puits et dit : « Donne-moi à boire. » Quel mystère stupéfiant !
Le Créateur des océans mendie de l’eau auprès d’une pécheresse ! Dieu a soif de notre soif, de notre foi. Jésus n’a pas soif de l’eau du puits ; il a soif de la foi de cette femme.
Il évoque son passé non pas pour la condamner, mais pour l’aider à « dessaler » son âme.La première étape du salut consiste à admettre que nous nous trompons de source en buvant l’eau salée du péché, afin de désirer enfin l’Eau vive, l’Esprit-Saint.