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Répertoire
Chuyen Pham
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3ème Dimanche de Pâques

La mort est scellée, laissez surgir la vie.

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Tiia Monto, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

L’itinéraire de Jérusalem vers Emmaüs que nous venons d’entendre n’est pas un simple voyage ; c’est une fuite.

Les deux disciples s’enfuient loin du « cimetière » de leurs espérances brisées. Ils quittent Jérusalem après avoir été les témoins de la violence, de l’injustice et de la mort de leur Maître.

En observant notre monde actuel, nous empruntons souvent le même chemin d’Emmaüs, le cœur lourd d’angoisse. Il existe une vérité déchirante : si nous avons nommé la guerre de 1939 à 1945 la Seconde Guerre mondiale, c’était comme un serment de paix ultime. Dans notre langue, le terme « Seconde » suggère qu’il s’agit de la deuxième, certes, mais surtout de la dernière : il n’y en aurait plus jamais d’autre.

Pourtant, l’histoire et la réalité actuelle semblent aujourd’hui la transformer en « Deuxième » Guerre mondiale. Ce mot, « deuxième », est redoutable, car il ouvre la porte à une troisième, une quatrième, et ainsi de suite, vers une suite ininterrompue de conflits sans fin. Pourquoi l’humanité s’obstine-t-elle à s’enfoncer dans cet engrenage ? Pourquoi laissons-nous ce qui devait être un point final devenir une simple énumération de l’horreur ?

C’est que nous avons laissé l’amour et la vie s’ensevelir trop profondément dans les tombeaux du désespoir. Dès lors, nous nous mettons à « déterrer » la haine et la mort, leur permettant de « rôder » partout en quête d’un espace où subsister.

En perdant foi en la bonté, nous réveillons les spectres du passé, transformant le monde en une arène de guerres successives.

Les disciples d’Emmaüs « déterraient » eux aussi leur propre déception. Ils marchaient aux côtés du Seigneur, le Vivant, sans le reconnaître, car leur âme était en état de mort clinique. Ils évoquaient la mort de Jésus comme un point final : « Nous espérions... et voilà que... » (Lc 24, 21).

Contemplons toutefois la pédagogie du Christ. Il n’use d’aucune puissance pour anéantir ses bourreaux et ne nourrit aucune rancune envers ceux qui le maltraitent. Il se rapproche de ceux dont la foi est ébranlée pour les réconforter. Grâce aux Écritures, il leur montre que sa mort n’est pas une impasse, mais la porte de la gloire.

Puis, il accomplit le geste de la « fraction du pain ». Ce geste est un acte de don de soi, et non de possession ; c’est un amour qui se brise volontairement pour les autres.


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© iStock

La guerre éclate lorsque l’on place l’avoir matériel au-dessus de la vie. À l’inverse, l’espérance pascale nous révèle que chaque être humain est sacré et possède une noble dignité. Si nous comprenions la valeur de ce rachat — le sang même du Christ —, nous ne laisserions jamais la haine « rôder » dans nos cœurs.

La vie ne repose pas dans le tombeau ; elle marche à nos côtés sous les traits du frère, du prochain, et même de l’adversaire.

Chers frères et sœurs,

Ne laissons pas nos vies devenir une suite de guerres « deuxièmes », où une haine en appelle une autre. Laissons la grâce de la Résurrection transformer nos blessures en « secondes » : c’est-à-dire guéries une fois pour toutes dans le Christ.

Dès qu’ils reconnurent le Seigneur à la fraction du pain, les disciples cessèrent de marcher vers le crépuscule d’Emmaüs. Ils retournèrent immédiatement à Jérusalem — là même où la mort venait de frapper — pour y annoncer la Vie.

Aujourd’hui, que le Seigneur nous donne le courage de combler les fosses de haine qui se sont creusées dans nos cœurs.

Ne déterrons plus le passé douloureux, mais réveillons la compassion pour bâtir la paix.

Que nos yeux s’ouvrent à chaque Eucharistie pour reconnaître le Christ vivant au milieu des ruines de l’âme humaine.

Reste avec nous, Seigneur Ressuscité, car le soir approche et ce monde a tant besoin de ta Paix. Amen.

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© Pexels Eric Sanman