L’itinéraire de Jérusalem vers Emmaüs que nous venons d’entendre n’est pas un simple voyage ; c’est une fuite.
Les deux disciples s’enfuient loin du « cimetière » de leurs espérances brisées. Ils quittent Jérusalem après avoir été les témoins de la violence, de l’injustice et de la mort de leur Maître.
En observant notre monde actuel, nous empruntons souvent le même chemin d’Emmaüs, le cœur lourd d’angoisse. Il existe une vérité déchirante : si nous avons nommé la guerre de 1939 à 1945 la Seconde Guerre mondiale, c’était comme un serment de paix ultime. Dans notre langue, le terme « Seconde » suggère qu’il s’agit de la deuxième, certes, mais surtout de la dernière : il n’y en aurait plus jamais d’autre.
Pourtant, l’histoire et la réalité actuelle semblent aujourd’hui la transformer en « Deuxième » Guerre mondiale. Ce mot, « deuxième », est redoutable, car il ouvre la porte à une troisième, une quatrième, et ainsi de suite, vers une suite ininterrompue de conflits sans fin. Pourquoi l’humanité s’obstine-t-elle à s’enfoncer dans cet engrenage ? Pourquoi laissons-nous ce qui devait être un point final devenir une simple énumération de l’horreur ?
C’est que nous avons laissé l’amour et la vie s’ensevelir trop profondément dans les tombeaux du désespoir. Dès lors, nous nous mettons à « déterrer » la haine et la mort, leur permettant de « rôder » partout en quête d’un espace où subsister.
En perdant foi en la bonté, nous réveillons les spectres du passé, transformant le monde en une arène de guerres successives.
Les disciples d’Emmaüs « déterraient » eux aussi leur propre déception. Ils marchaient aux côtés du Seigneur, le Vivant, sans le reconnaître, car leur âme était en état de mort clinique. Ils évoquaient la mort de Jésus comme un point final : « Nous espérions... et voilà que... » (Lc 24, 21).
Contemplons toutefois la pédagogie du Christ. Il n’use d’aucune puissance pour anéantir ses bourreaux et ne nourrit aucune rancune envers ceux qui le maltraitent. Il se rapproche de ceux dont la foi est ébranlée pour les réconforter. Grâce aux Écritures, il leur montre que sa mort n’est pas une impasse, mais la porte de la gloire.