Article header background
Répertoire
Chuyen Pham
image

4ème Dimanche de Carême

Quand Dieu nous guérit par la « boue » de notre vie

image

Vitrail du Collège Gonville & Caius College, Cambridge (UK) © Lawrence Lew, OP

Si nous entrions aujourd’hui dans un hôpital ophtalmologique et voyions un médecin appliquer de la boue sur les yeux d’un patient, nous serions indignés et appellerions peut-être même la police, estimant que le médecin est fou. Selon la logique humaine, la boue ne ferait en effet qu’aggraver les choses : elle salit, provoque des infections et assombrit encore davantage des yeux déjà plongés dans les ténèbres.

Pourtant, Jésus, le Bon Médecin, fait précisément ce paradoxe. Il se baisse, utilise sa salive pour mélanger de la poussière et en faire de la boue, puis l’applique sur les yeux de l’aveugle. Pourquoi n’a-t-il pas simplement dit : « ouvre les yeux », comme il l’a fait pour tant d’autres ? Pourquoi a-t-il dû utiliser de la « boue » ?

Ce geste de Jésus nous rappelle l’origine de l’humanité. Dans le livre de la Genèse, Dieu a en effet utilisé la poussière de la terre pour créer l’homme.En utilisant de la boue pour guérir l’aveugle, Jésus accomplit une « nouvelle création ».Il ne se contente pas de réparer un organe défectueux ; il redonne toute sa dignité à un homme rejeté par la société.

Pour le monde, cet homme était un « déchet » du péché ; pour Jésus, il est une œuvre d’art que le Créateur est en train d’achever.

En regardant votre propre vie, chers frères et sœurs, vous arrive-t-il de penser que votre existence est comparable à de la « boue » ? Ce sont ces échecs cuisants, ces mauvaises habitudes qui se répètent ou ces fautes passées qui nous empêchent de lever la tête devant les autres. Ne désespérez pas ! Dieu ne rejette pas la « boue » de votre vie. Il veut précisément utiliser ces brisures, ces choses banales ou souillées, pour façonner un homme nouveau, à condition que nous acceptions de nous laisser toucher par lui.

Mais il y a un détail très concret que nous oublions souvent : après avoir reçu de la boue sur les yeux, l’aveugle ne voit toujours rien ! Il doit alors avancer en tâtonnant, les yeux sales, sous les regards moqueurs de la foule, jusqu’à la piscine de Siloé. « La foi est un chemin de coopération. »

Dieu fait sa part (il lui donne de la boue), mais l’aveugle doit faire la sienne : « Aller et se laver. »

S’il avait été agacé par la saleté ou s’il avait eu peur des moqueries et avait abandonné, il serait resté à jamais dans l’obscurité, les yeux couverts de boue séchée.

Dans notre vie, il arrive que nous demandions la lumière, mais que Dieu nous envoie une difficulté, comme s’Il « ajoutait de la boue » à notre fardeau. Ce n’est pas un abandon, c’est un appel à l’obéissance.

Ayons le courage de porter la « boue » de notre devoir et de nos sacrifices jusqu’à la « source » de la grâce, à travers les Sacrements et la Parole de Dieu, et nous verrons le miracle s’accomplir.

image

L'aveugle se lave à la piscine de Siloé, par James Tissot, musée Brooklyn, New York (USA), via Wikimedia Commons

Enfin, la fin de l’Évangile révèle une ironie douloureuse. Les pharisiens ont les yeux ouverts, ils connaissent parfaitement la Loi, et pourtant ils sont totalement aveugles.

Ils sont aveugles parce qu’ils ne regardent qu’à travers le prisme de leurs préjugés.

Ils considèrent l’aveugle comme un pécheur et Jésus comme un transgresseur de la Loi. Ils ont une vision large, mais ne « voient » pas la vérité. L’aveuglement le plus redoutable est l’autosuffisance. Lorsque nous pensons tout savoir de Dieu, nous tombons dans les ténèbres les plus épaisses. À l’inverse, l’aveugle, qui a d’abord appelé Jésus « cet homme », puis « un prophète », se prosterne en confessant : « Je crois, Seigneur. » Il n’a pas seulement trouvé le chemin, il a vu Dieu.

En ce quatrième dimanche de Carême, l’Église nous offre une halte lumineuse : c’est le dimanche de Lætare, le dimanche de la joie. Aujourd’hui, la couleur rose remplace le violet. Ce n’est pas parce que notre chemin de pénitence touche à sa fin, mais parce que l’aube pascale se profile déjà à l’horizon.

Quelle est donc cette joie ? C’est celle de l’aveugle-né qui, au contact du Christ, passe des ténèbres à la lumière.

Laissons le Seigneur toucher nos propres zones d’ombre. Que la « boue » de nos limites et de nos fragilités devienne, entre ses mains de créateur, le berceau de notre renaissance.

Chers frères et sœurs, le message d’aujourd’hui est clair : n’ayons pas peur de la « boue » de notre vie, offrons-la à Dieu pour qu’il la transforme. Ayons le courage d’« aller et nous laver », ne nous arrêtons pas à la douleur, mais cherchons à purifier notre regard. Enfin, demandons au Seigneur de guérir notre « vision spirituelle » afin que nous cessions de guetter les fautes des autres et que nous commencions à voir l’image de Dieu en chaque homme.

Seigneur Jésus, guéris nos yeux pour que nous puissions voir ta lumière et te rencontrer en chaque personne que nous croisons. Amen.

image

© Adobe