Article header background
Répertoire
Philippe Henne
image

4ème Dimanche ordinaire

« Heureux les pauvres de coeur »

image

Plafond de l'église des Franciscains, Coyoacán (Mexique) © Lawrence Lew OP

Voici l’une des pages les plus importantes du Nouveau Testament : ce sont les béatitudes. Jésus proclame bienheureux un ensemble de personnes qui sont dans la tristesse et les difficultés. C’est plutôt paradoxal et même choquant. Et pourtant c’est ce qu’on appelle la Loi nouvelle, celle de l’évangile. Jésus n’était pas venu pour les gens bien-portants, mais pour les malades. C’est pour cela que ce fut la première chose qu’il avait faite : guérir des malades, et même des lépreux, ces gens qui ne pouvaient plus vivre en société, les gens qui étaient rejetés hors de la ville et des villages.

Mais quelle est cette Loi nouvelle ?

Elle est toute différente de la Loi de l’Ancien Testament. Nous la connaissons tous : ce sont les dix commandements. Ils avaient été donnés par le Seigneur à Moïse sur le mont Sinaï. Mais, si vous vous souvenez bien, ces commandements sont plutôt négatifs : « tu ne tueras pas, tu ne commettras pas d’adultère, tu ne diras pas de mensonge. » Cela ressemble à un règlement dans un pensionnat ou dans une école. On explique ce qu’on ne peut pas faire : « on ne peut pas fumer, on ne peut pas cracher, on ne peut pas frapper. » C’est un règlement adapté à des enfants à qui on doit apprendre des règles et mettre des limites.

La Loi nouvelle, elle, est faite pour des adultes qui peuvent et doivent trouver tous les jours une nouvelle manière de vivre ensemble et de vivre avec Dieu.

Tout d’abord, il faut remarquer que cette Loi nouvelle est donnée de façon solennelle : Jésus est assis comme un maître qui donne une leçon, il est sur une montagne comme le Seigneur était sur le mont Sinaï, mais il n’y a pas d’éclair, ni de tonnerre. Jésus n’est pas venu pour imposer la terreur, il est venu pour vaincre la peur et apporter l’amour et la tendresse.

image

Beati Pauperes, fresque de l'église Saint-Paul à Rabat (Malte) © Lawrence Lew, OP

Il donne alors le premier de ses commandements : « Heureux les pauvres de coeur. »

Attention ! Il ne dit pas : « Heureux les pauvres » tout court. Jésus, pas plus que Dieu, n’aime la pauvreté et Jésus a été révolté par l’indifférence de l’homme riche devant le pauvre Lazare qui croupissait devant sa porte. Non, ce n’est pas de cette pauvreté-là, de la pauvreté matérielle qu’il voulait parler, mais il voulait parler de la pauvreté, de la solitude, de l’humiliation que connaissaient et que connaissent encore tant de gens. C’était cette pauvreté de coeur qui faisait souffrir Zachée, le collecteur d’impôts. Il était triste et malheureux. Quand il entendit parler de Jésus, il monta sur un arbre pour le voir et lui parler. C’était la même pauvreté de coeur qui faisait souffrir Marie-Madeleine quand les pharisiens l’ont jetée devant Jésus avant de la lapider. Elle avait tellement besoin d’amour, elle l’avait chercher chez plusieurs hommes et ce fut Jésus qui le lui donna, le vrai amour. Voilà pourquoi elle lui resta attachée jusqu’à la croix, et voilà pourquoi elle fut la première à le voir ressuscité.

C’est à chacun d’entre nous d’avoir le courage de reconnaître que nous ne sommes pas comme les héros dans les films d’espionnage ou de guerre : des hommes seuls, autonomes, capables d’imposer leur volonté au monde entier.

Il faudrait avoir le courage d’être comme sainte Thérèse de Lisieux qui reconnaissait avoir infiniment besoin d’amour.

On aura alors la force et le courage de saint Paul pour se lever et proclamer partout que Jésus qui était mort pour amour pour nous est maintenant vivant et ressuscité.

Commençons aujourd’hui par les gens qui nous entourent.

Reconnaissons que nous avons de la chance de les avoir auprès de nous parce que chacun d’eux nous apporte à leur façon, à leur manière un peu de cet amour dont nous avons tellement besoin.

image

Sainte Thérèse à Lisieux © Lawrence Lew OP