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Répertoire
Philippe Henne
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5ème Dimanche de Carême

« Il sent déjà; c’est le quatrième jour qu’il est là »

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Icône, cathédrale orthodoxe grecque, Greenville (USA)© Lawrence Lew, OP

Trois jours, Jésus est resté trois jours sans rien faire. Sans raison. Il n’avait rien de spécial, ni d’important à faire. Et finalement il dit : « Bon ! Allons-y. » Arriva ce qui devait arriver : Lazare était mort de sa maladie grave. C’était prévu et annoncé, mais, non !, Jésus était resté sans rien faire. il s’occupait d’autre chose. De quoi ? L’évangile ne le dit pas. Cela veut dire que ce n’était pas très important. Quand Jésus est arrivé chez Jaïre et que sa fille était morte, alors qu’on l’avait appelé pour la sauver, il avait une bonne excuse : il avait été retenu en cours de route par une femme qui perdait beaucoup de sang depuis longtemps et qui avait touché son manteau. Mais ici, rien ! Il dit même que c’était la maladie de Lazare qui ne conduisait pas à la mort !

Combien de fois n’avons-nous pas eu l’impression que Jésus traînait pour nous sauver, pour nous aider, que ce soit lors d’une maladie grave ou d’une période difficile dans le couple ou dans la famille. Le coeur déchiré, les larmes dans les yeux, on avait prié, on avait tant espéré que les choses puissent changer. Mais rien !

Cela me fait penser à une histoire que Dostoïevsky, un auteur russe du dix-neuvième siècle, avait racontée. C’était l’histoire d’une jeune fille qui était tellement pauvre qu’elle devait se prostituer pour pouvoir vivre et manger. Mais elle avait gardé sur la table dans sa chambre la Bible. Le livre était toujours ouvert à la même page : celle de la résurrection de Lazare, et elle lisait et relisait toujours le même passage : « Il sent déjà; c’est le quatrième jour qu’il est là. »

Le corps était déjà en train de se décomposer. On ne pouvait plus rien faire.


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Tombeau du fr. Manuel Suárez (1954), ancien maître de l'Ordre, Caleruega (ES) © Lawrence Lew, OP

Les apôtres ont connu la même expérience : quand Jésus fut enseveli, c’était avant la Pâque et, quand il est ressuscité, c’était après la Pâque. Le temps était donc passé et l’oeuvre de la mort était déjà en marche et bien installé dans son corps. Et pourtant des femmes, courageuses, étaient venues au tombeau pour lui faire la toilette et l’envelopper de baume et de parfums. Elles avaient surmonté le dégoût pour rendre ce dernier service.

Il y a autour de nous tant de gens qui vivent dans le désespoir et qui s’enfoncent dans la déchéance et, heureusement, il y a des gens pour les aider et les sauver : ils s’appellent Père Damien, Mère Teresa, Soeur Emmanuelle, et tant d’autres encore.

Il y a, autour de nous, des enfants qui ont fait une bêtise et qui sont écrasés par le poids de leur culpabilité. Il y a aussi des enfants qui se sentent presque responsables du divorce de leurs parents : ils sont noyés dans la violence de leur entourage.

C’est à eux et à chacun d’entre nous, à nous qui sommes parfois plongés dans le noir tombeau de nos échecs et de nos regrets que Jésus vient apporter la résurrection, parce que lui aussi a été plongé dans les ténèbres de la mort et qu’il en est sorti ressuscité.

C’est cela aussi la lumière de la résurrection qui brille au-delà de l’horreur de la mort et de la déchéance morale ou physique. Comment cela sera-t-il ? Nul ne le sait, mais nous sommes comme Marthe, la soeur de Lazare. Avec elle, nous pouvons : « Je crois, Seigneur, que tu es la résurrection et la vie. » Et c’est grâce à cela que nous aussi nous pouvons être comme le Père Damien, Mère Teresa et Soeur Emmanuelle : des sources de vie et de résurrection.

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