Article header background
Répertoire
Chuyen Pham
image

5ème Dimanche de Pâques

Le chemin pour devenir membres du Corps du Christ

image

© Pixabay

Dans l’Évangile de ce jour, nous recevons une parole de consolation aussi profonde que redoutable de la bouche du Seigneur Jésus : « Que votre cœur ne soit pas bouleversé ». Pourtant, face aux réalités souvent rudes de nos existences, il nous faut bien l’avouer : nos âmes demeurent en proie à un tourment incessant. Pourquoi donc ?

Pourquoi, alors que nous communions chaque dimanche et que nous prions chaque semaine, l’inquiétude continue-t-elle de nous habiter ?

La raison première réside dans cet « instinct de Thomas » qui sommeille en chacun de nous. Devant la maladie, l’échec ou les événements brutaux de la vie, dès lors qu’aucune main divine visible n’intervient instantanément, nous nous laissons envahir par le trouble. Nous nous méprenons souvent sur la nature même du "Chemin". Nous l’imaginons telle une voie lisse, sans entrave ni aspérité. Or, souvenez-vous : Jésus ne se contente pas d’indiquer la voie, Il est le Chemin. Parce qu’Il est ce Chemin, celui-ci se déploie sous nos pieds ; il exige que nous ayons le courage d’y marcher pour en éprouver la présence, bien au-delà de toute analyse théorique.

Saint Augustin s’écriait avec une vérité poignante au seuil de ses Confessions : « Tu nous as faits pour Toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne demeure en Toi ». Si notre cœur demeure ainsi "inquiet", c’est précisément parce qu’il est trop vaste pour ce monde. Rien ici-bas n’est à sa mesure, car il a été dessiné par Dieu pour ne contenir que Dieu seul.

Dès lors, ce sentiment d’être bouleversé est un signe salutaire ; il nous rappelle avec force que ce monde, l’argent ou la gloire ne suffiront jamais à combler la soif infinie de notre âme.

Cette agitation provient également d’un autre processus, parfois douloureux : celui de notre édification au sein du temple de l’Église. Imaginez une pierre brute, anguleuse, informe. Afin qu’elle puisse s’insérer avec précision dans la structure d’une voûte, elle doit subir le travail du ciseau, être taillée, polie, ajustée. Notre cœur est bouleversé car nous résistons à cette transformation. Nous redoutons de perdre notre volonté propre, de délaisser ces vieilles habitudes qui nous procurent une sécurité illusoire. Pourtant, il nous faut comprendre que chaque coup de ciseau de l’Évangile nous fait mal, mais c’est le prix de notre beauté future.

Car si la pierre refuse d’être taillée, elle s’exclut d’elle-même de l’édifice mystique, incapable de soutenir le poids de l’Amour.

image

© Pixabay

Nous perdons notre paix dès lors que nous oublions notre identité profonde.

En réalisant que nous sommes fils et filles du Roi des rois, nous habiterions ce monde avec l’assurance des héritiers du Royaume. Pourquoi alors nous consumer dans l’inquiétude, à l’image de ceux qui se croient sans Père, en cherchant par nos seuls mérites une délivrance que seul le Ciel peut nous offrir ? Si notre foi nous révélait vraiment cette dignité, une sérénité souveraine habiterait nos âmes au lieu de nous laisser épuiser par nos propres forces.

Comment, dès lors, apaiser ce bouleversement ? La réponse se trouve ici même, sur cet autel, dans le mystère eucharistique que nous célébrons. Habituellement, lorsque nous consommons une nourriture physique, celle-ci s’assimile à notre corps. Pour l’Eucharistie, c’est l’inverse : quand nous communions, c’est le Christ qui nous « assimile », nous transformant en son propre Corps. Chaque fois que vous vous avancez pour dire « Amen », ce n’est pas seulement pour attester que « ceci est le Corps du Christ », c’est un engagement : « Oui, Seigneur, j’accepte que Tu me transformes en l’un de tes membres ».

Pour trouver la paix, apprenons à passer de la vue à la foi. Comme l’enseignait Saint Jean de la Croix, il arrive que Dieu retire les consolations sensibles afin que nous n’aimions plus les « dons de Dieu », mais le « Dieu des dons ».

Dans l’angoisse, plutôt que de chercher des raisons, cherchons une Présence.

Regardez cette humble hostie : le Seigneur ne cherche pas à couvrir le bruit de la tempête par ses cris, Il se tient simplement dans la barque avec nous. De manière très concrète, lorsque nous sentons notre cœur vaciller, allons secourir plus pauvre que nous. En devenant ces « serviteurs aux tables », à l’image des premiers diacres, notre propre bouleversement s’évanouira dans la joie du don de soi.

Chers frères et sœurs, ce trouble qui nous habite n’est pas nécessairement un péché ; il est plutôt le signal d’alarme nous avertissant que nous tentons de marcher seuls. Il est le cri d’un cœur qui cherche sa patrie. N’attendons pas de voir une lumière aveuglante pour croire au soleil ; croyons-y parce que nous voyons le monde s’échauffer sous ses rayons.
Puisse chacun de nous, aujourd’hui, placer sa main dans celle de Jésus et Lui dire avec confiance : « Seigneur, je ne vois pas l’avenir, toutefois je crois que Tu es le Chemin, la Vérité et la Vie ». Amen.

image

© Pixabay