Dans l’Évangile de ce jour, nous recevons une parole de consolation aussi profonde que redoutable de la bouche du Seigneur Jésus : « Que votre cœur ne soit pas bouleversé ». Pourtant, face aux réalités souvent rudes de nos existences, il nous faut bien l’avouer : nos âmes demeurent en proie à un tourment incessant. Pourquoi donc ?
Pourquoi, alors que nous communions chaque dimanche et que nous prions chaque semaine, l’inquiétude continue-t-elle de nous habiter ?
La raison première réside dans cet « instinct de Thomas » qui sommeille en chacun de nous. Devant la maladie, l’échec ou les événements brutaux de la vie, dès lors qu’aucune main divine visible n’intervient instantanément, nous nous laissons envahir par le trouble. Nous nous méprenons souvent sur la nature même du "Chemin". Nous l’imaginons telle une voie lisse, sans entrave ni aspérité. Or, souvenez-vous : Jésus ne se contente pas d’indiquer la voie, Il est le Chemin. Parce qu’Il est ce Chemin, celui-ci se déploie sous nos pieds ; il exige que nous ayons le courage d’y marcher pour en éprouver la présence, bien au-delà de toute analyse théorique.
Saint Augustin s’écriait avec une vérité poignante au seuil de ses Confessions : « Tu nous as faits pour Toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne demeure en Toi ». Si notre cœur demeure ainsi "inquiet", c’est précisément parce qu’il est trop vaste pour ce monde. Rien ici-bas n’est à sa mesure, car il a été dessiné par Dieu pour ne contenir que Dieu seul.
Dès lors, ce sentiment d’être bouleversé est un signe salutaire ; il nous rappelle avec force que ce monde, l’argent ou la gloire ne suffiront jamais à combler la soif infinie de notre âme.
Cette agitation provient également d’un autre processus, parfois douloureux : celui de notre édification au sein du temple de l’Église. Imaginez une pierre brute, anguleuse, informe. Afin qu’elle puisse s’insérer avec précision dans la structure d’une voûte, elle doit subir le travail du ciseau, être taillée, polie, ajustée. Notre cœur est bouleversé car nous résistons à cette transformation. Nous redoutons de perdre notre volonté propre, de délaisser ces vieilles habitudes qui nous procurent une sécurité illusoire. Pourtant, il nous faut comprendre que chaque coup de ciseau de l’Évangile nous fait mal, mais c’est le prix de notre beauté future.