Aujourd’hui, avec toute l’Église, nous entrons dans un itinéraire de foi marqué par le sceau du paradoxe. Nous commençons par la joie des rameaux, nos bouches chantant l’« Hosanna » pour accueillir le Seigneur à Jérusalem ; pourtant, à l’instant même, nos cœurs s’inclinent au récit de la Passion, cette longue traversée de trahisons, de flagellations et de mort.
Ces deux visages opposés ne sont pas séparés : ils s’éclairent mutuellement pour nous révéler un Dieu dont l’amour va jusqu’au bout.
En contemplant Jésus entrant dans la Ville Sainte, nous voyons un Roi bien étrange. Il ne chevauche pas un destrier de guerre — symbole de conquête et de puissance militaire — il choisit plutôt un petit âne, monture de la douceur et du service. Le Christ n’est pas entré à Jérusalem pour dominer un royaume terrestre, son dessein est de conquérir les âmes par l’amour. Au cœur d’un monde où résonne encore le bruit des armes, où la puissance se mesure trop souvent par la destruction, l’image de Jésus sur l’âne est une interpellation prophétique. La paix véritable ne germe jamais du fusil ou de la haine ; elle naît au contraire d’un cœur qui sait s’abaisser et entrer en dialogue.
Cet abaissement atteint son paroxysme dans l’hymne du « dépouillement » (ou kénose) décrit par saint Paul. Bien qu'il fût de condition divine, le Christ s’est anéanti en prenant la condition de serviteur, allant jusqu’à mourir sur la croix. Pourquoi Dieu a-t-il dû emprunter cette voie de la souffrance ? « Dieu s’est abaissé jusqu’au plus profond pour toucher nos blessures. » En regardant les nations déchirées par la guerre, les mères qui pleurent leurs enfants et les orphelins hébétés au milieu des ruines, nous nous demandons souvent : « Où est Dieu ? » La Parole nous répond :