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Répertoire
Chuyen Pham
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Dimanche des Rameaux

De l’hosanna à la Croix : choisir la paix au cœur d’un monde brisé

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Détail d'un capitulaire, Wallace collection, Londres (UK) © Lawrence Lew, OP

Aujourd’hui, avec toute l’Église, nous entrons dans un itinéraire de foi marqué par le sceau du paradoxe. Nous commençons par la joie des rameaux, nos bouches chantant l’« Hosanna » pour accueillir le Seigneur à Jérusalem ; pourtant, à l’instant même, nos cœurs s’inclinent au récit de la Passion, cette longue traversée de trahisons, de flagellations et de mort.

Ces deux visages opposés ne sont pas séparés : ils s’éclairent mutuellement pour nous révéler un Dieu dont l’amour va jusqu’au bout.

En contemplant Jésus entrant dans la Ville Sainte, nous voyons un Roi bien étrange. Il ne chevauche pas un destrier de guerre — symbole de conquête et de puissance militaire — il choisit plutôt un petit âne, monture de la douceur et du service. Le Christ n’est pas entré à Jérusalem pour dominer un royaume terrestre, son dessein est de conquérir les âmes par l’amour. Au cœur d’un monde où résonne encore le bruit des armes, où la puissance se mesure trop souvent par la destruction, l’image de Jésus sur l’âne est une interpellation prophétique. La paix véritable ne germe jamais du fusil ou de la haine ; elle naît au contraire d’un cœur qui sait s’abaisser et entrer en dialogue.

Cet abaissement atteint son paroxysme dans l’hymne du « dépouillement » (ou kénose) décrit par saint Paul. Bien qu'il fût de condition divine, le Christ s’est anéanti en prenant la condition de serviteur, allant jusqu’à mourir sur la croix. Pourquoi Dieu a-t-il dû emprunter cette voie de la souffrance ? « Dieu s’est abaissé jusqu’au plus profond pour toucher nos blessures. » En regardant les nations déchirées par la guerre, les mères qui pleurent leurs enfants et les orphelins hébétés au milieu des ruines, nous nous demandons souvent : « Où est Dieu ? » La Parole nous répond :

il est là, dans les corps brisés et le cri de détresse des abandonnés. Il est mort pour dire à l’humanité qu’il n’existe aucune douleur qu’il n’ait pas subie, aucune ténèbre que sa lumière ne puisse dissiper.

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© Dominicains de Belgique et des Pays-Bas

Dans le récit de la Passion selon saint Matthieu, nous constatons avec tristesse l’instabilité du cœur humain. Ceux qui le louent aujourd’hui crieront « Qu’il soit crucifié ! » demain. C’est peut-être alors que nous devons nous interroger : ma foi est-elle superficielle ? Une foi qui suit le Seigneur quand la vie est belle, cependant qu’elle le rejette face aux difficultés. Devant les railleries, Jésus a choisi le silence. Son silence n’était pas un signe de faiblesse, il était celui d’un grain de blé qui accepte de mourir pour donner la vie. C’est la voix de l’amour la plus puissante, un amour plus fort que la mort et que toute la haine qui divise notre monde.

En tenant ces branches entre nos mains, nous sommes invités non seulement à en déposer sur le chemin, mais plus encore à « étendre nos propres âmes » aux pieds du Seigneur. Ouvrir son cœur aujourd’hui, c’est se laisser toucher par la souffrance des victimes de la guerre, mettre fin aux discordes au sein de nos familles et, à l’instar de Simon de Cyrène, accepter de porter une part du fardeau de nos frères et sœurs désespérés.

Ces rameaux que nous ramènerons chez nous finiront par sécher ; puissent l’amour et l’espérance demeurer toujours vivaces en nous !

Nous n’entrons pas dans la Semaine sainte pour assister à un simple « drame triste », mais pour avoir le courage de suivre le Christ sur le chemin étroit. Ce chemin nous conduit à travers l’obscurité du Golgotha jusqu’à la lumière éclatante de la Résurrection.

Puissions-nous, en sortant de cette église, devenir des artisans de paix dans un monde assoiffé de guérison !

Seigneur Jésus, Roi de Paix, prends pitié de nous et de notre monde en souffrance. Amen.

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Procession des Rameaux, Philippines © Lawrence Lew, OP