Article header background
Répertoire
Philippe Henne
image

Mercredi des Cendres

« Ne prenez pas une mine défaite »

image

© Lawrence Lew, OP

C’est le monde à l’envers.

Jadis on nous disait qu’il fallait jeûner le mercredi des cendres et le vendredi saint. On ne pouvait pas manger de viande le vendredi. Il fallait faire des efforts pour renoncer à des choses qu’on aimait bien. Par exemple, les enfants ne pouvaient plus manger de chocolat pendant le carême et les hommes ne pouvaient plus fumer pendant cette période. Rien que le fait de penser qu’on devait jeûner, cela donnait déjà faim à certains. Il faut reconnaître que ce n’était pas facile de comprendre pourquoi on devait s’imposer toutes ces contraintes. Il faut dire aussi que cela n’arrangeait toujours le caractère de certains. Il y en avait qui devenaient agressifs parce qu’ils ne pouvaient plus fumer. D’autres tiraient une figure de carême, c’est-à-dire qu’ils avaient l’air tristes et déprimés.

Et voilà que maintenant l’évangile nous dit qu’il faut faire cela en secret et ne pas le montrer aux autres.

C’est un peu facile de dire cela quand ce n’est pas lui qui le fait. Et c’est pourtant facile à comprendre. Vous imaginez qu’une mère de famille va tous les jours expliquer à son mari et à ses enfants tout le travail qu’elle a fait dans la maison, toutes les difficultés qu’elle a eues pour faire la cuisine, etc. Le résultat sera que, même si la nourriture est délicieuse, le mari et les enfants ne le goûteront pas. Ils regretteront presque d’être là à table.
Certaines d’entre vous se révolteront et diront que c’est un peu facile : elles peuvent travailler comme des bêtes, elles sont traitées comme des domestiques. Jamais un merci. Jamais un compliment.

image

© iStock

Et c’est peut-être un premier effort de carême pour cette année-ci : découvrir tout ce que les autres font pour nous.

Non, ce n’est pas normal d’avoir un repas bien chaud tous les jours. Oui, il faut pouvoir dire merci et même rendre service pour soulager le travail de la mère de famille. Non, ce n’est pas normal d’avoir le linge bien propre et bien repassé. Oui, il faut pouvoir se proposer pour rendre service et soulager celle qui nettoie et qui récure.

Il faut quitter nos habitudes de grands seigneurs et pouvoir contribuer pratiquement au bon fonctionnement de la maisonnée. Mais il ne faut pas le faire avec une face de carême. Le sourire et la bonne humeur sont des éléments indispensables à la bonne marche du couple et de la famille. Un sourire, cela ne sert à rien. Ce n’est pas cela qui rendra la vaisselle propre, mais un sourire, cela donne l’essentiel. C’est cela qui, d’une corvée, fera un service rendu avec gentillesse.

Il en est de la mère de famille comme de Dieu.

Il faudrait profiter de cette période pour se rappeler toutes les merveilles que Dieu a faites et fait pour nous : la vie, la santé, le confort, le conjoint et les enfants. Tout cela, ce n’est pas normal. Ce sont chaque fois des cadeaux offerts par Dieu. Il faudrait pouvoir faire comme la Vierge Marie : méditer tout cela dans son coeur. Alors le Carême n’est plus une période triste, mais une période de conversion, parce qu’on tourne son regard vers Dieu et tout ce qu’il fait.

image

© Adobe