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Répertoire
Jean-Bertrand Madragule
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Pentecôte

Le 20 avril 2026, une cinquantaine de Dominicains de notre province Saint-Thomas-d’Aquin, venus de Belgique et des Pays-Bas, se sont réunis à Bruxelles pour un colloque. L’intervenant n’était pas un inconnu : il s’agissait du frère Paul Murray, dominicain irlandais et professeur émérite à l’Université pontificale Angelicum de Rome. Il s’est exprimé en anglais, d’une voix claire et posée.

Et pourtant, quelque chose d’étonnant s’est produit : bien qu’il n’eût parlé qu’en anglais, chacun d’entre nous a entendu la conférence dans sa propre langue. Les Dominicains de Belgique, des Pays-Bas, de la République démocratique du Congo, du Rwanda, de l’Inde, du Vietnam et de nombreux autres pays ont compris chaque mot, comme s’il leur était directement adressé.

Comment cela a-t-il été possible ? La réponse est très simple : chacun d’entre nous avait un petit écouteur dans l’oreille. Un système de traduction simultanée nous permettait d’entendre la conférence dans notre « langue maternelle » respective, tandis que le frère Murray O.P. parlait tout à fait normalement en anglais devant nous.

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© Dominicains de Belgique et des Pays-Bas

Pourquoi commencer par cette image technique ?

Bien sûr, dans les Actes des Apôtres, nous lisons : « Dans la stupéfaction et l’émerveillement, ils disaient : « Ces gens qui parlent ne sont-ils pas tous Galiléens ? Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans son propre dialecte, sa langue maternelle ? » (Ac 2, 7-8).

À l’époque, il n’y avait ni écouteurs ni traduction simultanée. Et pourtant, quelque chose d’étonnant s’est produit : des personnes venues d’Europe, d’Asie et d’Afrique, issues de cultures très différentes, ont compris le même message. Chacun l’a entendu dans sa propre langue, en plein cœur de Jérusalem.

Qui a rendu cela possible ? Pas un interprète, mais le Saint-Esprit. Il franchit des frontières que nous, êtres humains, ne pourrions jamais surmonter.

Il trouve des mots qui touchent le cœur, même lorsque nous sommes à peine capables de les prononcer nous-mêmes.

Le Saint-Esprit est la puissance de Dieu qui surmonte les frontières. Pour lui, l’origine de quelqu’un n’a pas d’importance, qu’il soit Égyptien, Grec ou Israélien. Et aujourd’hui, il en va de même si quelqu’un vient de Belgique, des Pays-Bas ou du Congo. Là où il agit, l’origine, la langue et les différences perdent leur pouvoir de division. Seule compte alors la mission d’annoncer la Bonne Nouvelle. Nous formons une seule famille, nous sommes sœurs et frères, portés par le même amour de Dieu.

Chères sœurs et chers frères, que célébrons-nous réellement à la Pentecôte ? De nos jours, beaucoup de gens peuvent encore situer Noël et Pâques, car ils y associent des images, des histoires et des coutumes familières. Mais pour la Pentecôte, c’est déjà plus difficile. Que signifie réellement cette fête ?

La Pentecôte nous rappelle que Dieu nous donne son Esprit saint, d’abord aux apôtres, puis à tous les croyants. Nous célébrons le fait que cet Esprit demeure avec nous, nous fortifie, nous console et nous guide. Il agit dans l’Église, mais aussi dans notre quotidien : dans nos décisions, nos rencontres, nos relations et nos prières.

La Pentecôte nous rappelle que Dieu n’est pas loin de nous. Il habite en nous, nous accompagne et nous donne la force d’agir.

Il nous confie également une mission : transmettre la Bonne Nouvelle de manière que les gens puissent la comprendre dans leur propre langue et au cœur de leur vie.


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Mosaïque de la chapelle de la rue du Bac, Paris (FR) © Lawrence Lew, OP

Les Actes des Apôtres relatent la première Pentecôte (Ac 2, 1-11). Elle a lieu pendant la fête juive de Shavuot, qui est à la fois une fête de gratitude pour la moisson et un souvenir de l’alliance de Dieu avec son peuple. Ce jour-là, les Juifs commémorent également la remise des Dix Commandements sur le mont Sinaï.

Pour nous, chrétiens, la Pentecôte est le cinquantième jour après Pâques, mais c’est aussi quelque chose de tout à fait nouveau. C’est comme un nouveau Sinaï : tout comme Dieu a donné les commandements à son peuple autrefois, il offre aujourd’hui l’Esprit Saint à son nouveau peuple. Non pas comme un fardeau, mais comme une force qui redresse, unit et donne du courage.

La Pentecôte n’est donc pas seulement une fête marquant la naissance de l’Église, mais une fête pour notre vie.

Dieu nous donne son Esprit afin que nous puissions croire quand nous doutons, espérer quand nous sommes fatigués et aimer quand cela nous est difficile.

Chères sœurs et chers frères, qui est donc le Saint-Esprit ? Il est le grand don de Dieu : sa proximité, sa force, son souffle. C’est en lui que nous plaçons notre espérance. Cet Esprit, qui planait déjà au commencement sur les eaux (cf. Gen 1, 2) et a renouvelé la face de la terre (cf. Ps 104 (103), 30), agit encore aujourd’hui, doucement, avec puissance et souvent de manière surprenante.

Le Saint-Esprit a encouragé les prophètes à lutter contre l’injustice et l’abus de pouvoir. Il a guidé Jésus. Il a inspiré saint Dominique à fonder notre Ordre de Prêcheurs, les Dominicains. Et ce même Esprit agit en nous, dans nos questions, nos décisions et notre lutte pour le bien.

Depuis la mort et la résurrection de Jésus, l’action de l’Esprit ne s’est jamais arrêtée. C’est précisément face aux grandes questions de notre temps — l’avenir de l’Église, les ministères, le rôle des laïcs et des femmes — que l’Esprit a encore beaucoup à nous apprendre. Jésus lui-même a dit : « L’Esprit vous conduira dans la vérité tout entière » (Jn 16, 13).

C’est la raison pour laquelle nous implorons aujourd’hui ses dons : pour rester des personnes qui cheminent ensemble, pour vivre l’Évangile de manière crédible et pour nous laisser guider par l’Esprit de Dieu. Amen.

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© Dominicains de Belgique et des Pays-Bas