Article header background
Répertoire
Chuyen Pham
image

Sainte Trinité

Aujourd’hui, oublions les définitions. Je ne vous invite pas à chercher une explication ; je vous invite à entrer dans une expérience, à goûter une certitude ...

image

© Lawrence Lew, OP

Chaque année, la fête de la Sainte Trinité nous plonge dans un double mouvement : l’émerveillement... et une sainte pudeur. Pudeur de l’esprit : ce Mystère échappe à l’emprise de nos concepts. On le dit souvent, avec un brin d’humour :

vouloir expliquer la Trinité par la seule raison, c’est risquer de perdre la tête ; refuser d’y croire, c’est risquer de perdre son âme.

Aujourd’hui, oublions les définitions. Je ne vous invite pas à chercher une explication ; je vous invite à entrer dans une expérience, à goûter une certitude : Dieu est Amour.

Regardez le désert : le peuple d’Israël vient de briser l’Alliance pour se prosterner devant un veau d’or. Sur la montagne, quelle voix se fait entendre ? Non pas celle du tonnerre ou de la vengeance : le murmure d’un « Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité ». Loin du visage d’un monarque distant, c’est le battement de cœur d’un Père.

Ce cœur du Père, l’Évangile d’aujourd’hui l’ouvre tout grand. Jésus nous en livre le secret, le centre de gravité de toute la Bonne Nouvelle : « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique. »

Dieu aime jusqu’à se donner, sans rien retenir de ce qu’il a de plus précieux. Tout amour véritable est ainsi. Là où jaillit un amour authentique, se reflète déjà le visage de la Trinité. L’amour, en effet, exige toujours celui qui aime, celui qui est aimé, et le souffle qui les unit.

Dès lors, la Sainte Trinité n’est plus une énigme lointaine : elle habite nos maisons.

Vous la trouverez dans le silence d’un mari qui retient un mot blessant pour préserver la paix ; dans le dévouement discret d’une épouse qui porte les fardeaux du jour pour les siens ; dans le sacrifice de ces parents levés avant l’aube, s’épuisant pour l’avenir de leurs enfants. Elle se cache dans le regard d’un enfant qui sait dire merci, dont le cœur déborde de gratitude ; au cœur d’une communauté devenue le refuge des malades et des plus fragiles ; à chaque fois que le pardon l’emporte, offrant à l’autre la grâce d’un nouveau départ.

image

© Pexels Rodnae productions

Chers frères et sœurs, devant ce Mystère si haut qu’aucun esprit ne peut sonder, un grand saint nous murmure : « Crois pour comprendre, et comprends pour croire ». Pour nous guider, Thomas d’Aquin a tracé les « Cinq Voies », ces sentiers de l’intelligence qui nous permettent de pressentir Dieu, de Le reconnaître à travers la beauté et l’ordre de l’univers. Le monde est un livre où se lit le Créateur. Dès lors, celui qui contemple et celui qui aime ont déjà touché Dieu.

Nous avons été créés à son image. Or, Dieu n’est pas solitude : Dieu est communion, Dieu est relation. Voilà pourquoi l’être humain ne peut s’épanouir s’il vit enfermé en lui-même. Un chrétien qui sombre dans l’égoïsme, l’indifférence ou le repli sur soi, estompe peu à peu l’empreinte divine gravée dans son être.

Désormais, chaque fois que nous faisons le signe de la croix, traçons-le loin de toute habitude machinale. Redisons-nous plutôt avec gravité :

je suis né de l’amour du Père, je suis sauvé par le don du Fils, je respire par le souffle de l’Esprit Saint.

Puissent ceux qui nous entourent, en regardant nos familles et nos communautés, respirer un parfum de paix, d’unité et d’amour. Alors, sans que personne n’ait besoin d’expliquer la Sainte Trinité, chacun saura, simplement en nous voyant vivre, que Dieu est au milieu de nous. Amen.

image

© Adobestock