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Répertoire
Philippe Henne
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Toussaint

« Heureux les pauvres de coeur »

Mt 5,1-12

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© Lawrence Lew, OP

C’est quoi, un saint ?

C’est à cette question que l’évangile d’aujourd’hui veut répondre, mais la réponse étonne et même choque : ce sont les pauvres de coeur. Jésus ferait-il l’éloge de la pauvreté et de la misère ? La religion serait-elle l’opium du peuple, c’est-à-dire servirait-elle à maintenir les pauvres dans la pauvreté en leur vendant du rêve et la promesse d’une vie heureuse dans l’au-delà ? Non, ce n’est pas possible, et, si c’était le cas, on ne voudrait pas d’une telle religion. C’est aujourd’hui et maintenant que l’on veut être heureux, et on a raison de le vouloir.

Jésus avait bien précisé : les pauvres de coeur. Pour lui, la pauvreté n’était pas un idéal de vie. Comment être heureux si l’on voit que le portefeuille est vide avant la fin du mois ? Comment vivre quand on est rongé par l’inquiétude des factures à payer ? Tant de familles connaissent cette angoisse et ne savent pas comment sortir de l’ornière de la pauvreté. Non, la pauvreté n’est pas un don de Dieu. Elle est un fléau qu’il faut combattre.

La pauvreté dont parle l’évangile d’aujourd’hui est bien plutôt l’aveuglement dans lequel nous pouvons tomber.

C’était dans cette indifférence que vivait cet homme riche qui faisait la fête tous les soirs avec ses amis. Ce n’était pas un méchant homme, mais il ne voyait pas ou il ne voulait pas voir le pauvre Lazare qui était là, sur le pas de sa porte et qui n’avait rien à manger. Cet homme riche ne faisait rien de mal, mais il n’a rien fait de bien non plus.

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Gauthier Fabri, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Les grands saints avaient toujours eu faim de Dieu.

Ils Le cherchaient partout autour d’eux et ils Le voyaient dans les yeux des mendiants dans les rues de Calcutta, dans l’air farouche des enfants dans les bidonvilles du Caire, ou dans le désespoir des lépreux sur l’île de Molokaï.

Les pauvres de coeur ne sont pas ceux qui manquent de générosité, mais ceux qui reconnaissent qu’ils sont en manque d’amour, en manque de Dieu. Ce sont des personnes comme la Vierge Marie. Elle avait une petite vie bien prévue à l’avance. Elle allait se marier avec Joseph. C’était un brave homme : il avait un métier, c’était un charpentier. Il avait déjà son atelier. Tout paraissait bien arrangé pour Marie et pourtant Dieu vint bouleverser ses plans. Loin d’en être attristée, Marie fut au contraire tout heureuse de cette nouvelle mission qui lui était confiée : être la mère de Jésus.

À nous aussi, le défi est toujours lancé de transformer les aléas de notre vie en un chantier d’amour et de compassion pour les autres.

C’est ce qui a lancé les apôtres sur les routes de l’Empire romain et c’est ce qui nous permet maintenant d’être chrétiens. C’est ce qui a permis à tant de religieuses de venir s’installer dans de petits villages inconnus pour y éduquer les enfants et soigner leurs parents. C’est ce qui nous permettra de sortir de cet église en étant riches de l’amour de Dieu et rayonnants de sa tendresse pour les plus pauvres.

Oui, nous sommes nous aussi des pauvres de coeur, parce que nous avons infiniment besoin de l’amour de Dieu et que nous sommes toujours prêts à le partager avec les autres.

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Père Damien et le choeur des jeunes filles de Kalawao, Molokai | Henry Lyman Chase, Public domain, via Wikimedia Commons