Je me souviens d’un jour où je me suis rendu dans une vieille église avec ma petite nièce Romane. Elle contemplait les vitraux colorés représentant des saints et m’a demandé : « Père Jean-Bertrand, qu’est-ce qui rend ces personnes saintes ? Est-ce parce qu’elles portent de si beaux vêtements ? »
Je lui ai répondu : « Non, Romane. C’est leur amour pour Dieu et pour les hommes. »
Le lendemain matin, le soleil brillait. Ses rayons traversaient les vitraux et inondaient l’église de mille couleurs. Romane s’est alors exclamée avec enthousiasme : « Père Jean-Bertrand, maintenant, je comprends ! Les saints sont des personnes à travers lesquelles brille la lumière de Dieu ! »
Chers enfants, chères sœurs et chers frères, cette petite fille avait compris quelque chose d’essentiel :
être saint, ce n’est pas briller soi-même, mais laisser la lumière de Dieu rayonner à travers soi.
Dieu ne recherche pas des êtres humains parfaits. Les saints eux-mêmes avaient leurs faiblesses. Pierre a renié Jésus (Mt 26,69-75), et Paul a persécuté les chrétiens (Actes 8,3) avant de devenir un grand annonciateur de l’Évangile (Actes 9,3-22). Mais tous deux se sont laissés transformer par Dieu et sont revenus à lui.
C’est une bonne nouvelle pour nous. Nos erreurs ne doivent pas avoir le dernier mot dans notre vie. Dieu vient à notre rencontre au cœur même de nos imperfections. Sa grâce nous offre sans cesse la possibilité de prendre un nouveau départ.
Dans l’Évangile d’aujourd’hui (Mt 5, 1-12a), nous entendons les Béatitudes. Jésus nous dit : « Heureux les pauvres de cœur, car le Royaume des Cieux est à eux » (Mt 5, 3).
Être pauvre de cœur, devant Dieu, c’est reconnaître que nous n’avons pas à mériter son amour. Nous pouvons venir à lui les mains vides et faire confiance à sa miséricorde, qui est plus grande que nos échecs.
Dieu ne nous demande pas d’abord ce que nous avons accompli. Il nous demande plutôt : « Qui as-tu aimé ? Qui as-tu aidé ? À qui as-tu pardonné ? Où as-tu contribué à faire régner la paix ? »
Les saints sont aussi parmi nous, dans notre vie quotidienne.
Ce peut être une vieille dame qui, malgré sa solitude, prie pour les autres. Ce peut être une personne qui trouve le courage de demander pardon. Ce peut être une mère qui prend soin avec amour de son enfant malade, ou encore un soignant qui accorde du temps et de l’attention à une personne qui a peur.
Ces personnes sont rarement sous les feux des projecteurs. Pourtant, c’est dans leur vie quotidienne que l’Évangile prend chair. La sainteté grandit souvent discrètement, que ce soit dans une famille, dans un couvent, sur un lieu de travail, dans une chambre d’hôpital ou partout où des personnes se rencontrent et se témoignent de l’amour.
Mais qu’est-ce que cela signifie pour nous ?
Nous n’avons pas besoin d’accomplir des choses extraordinaires. La sainteté commence peut-être tout simplement par une écoute attentive, par le pardon d’une vieille rancune, par le respect de la dignité d’autrui ou par la volonté d’offrir à quelqu’un une nouvelle chance.
Jésus nous parle des miséricordieux, de ceux qui font régner la paix, ainsi que de ceux qui ont faim et soif de justice. Ces paroles ne sont pas de simples ornements dans nos églises. Elles nous invitent à rendre visible l’amour de Dieu dans notre vie quotidienne.
Notre monde a besoin de personnes qui ne se contentent pas de parler de paix, mais qui la construisent ; qui ne se contentent pas de proclamer la miséricorde, mais qui la mettent en pratique.