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Répertoire
Philippe Henne
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Neuvaine ND de la Sarte

Les uns et les autres

Vivre dans l'ombre

Le thème de cette neuvaine Les uns les autres me paraît être une bonne occasion de méditer sur les mérites de la solidarité. Le thème de cette journée Vivre dans l’ombre nous permet de réfléchir sur l’importance des personnages secondaires dans la Bible et l’histoire du salut.

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Vitrail représentant Anne, Samuel et Eli, cathédrale de St Edmundsbury (UK) © Lawrence Lew, OP

On insiste toujours beaucoup sur les grands personnages de la Bible, comme Jésus et Marie, mais on oublie parfois qu’ils sont entourés de personnages moins importants, mais sans eux rien n’aurait pas se passer. Par exemple, qui, la première, a vu Jésus ressuscité ? Ce ne sont pas les apôtres, ni même saint Pierre, c’est Marie-Madeleine. C’est elle qui la première a annoncé qu’elle avait vu Jésus ressuscité. Ces personnages ont l’avantage d’être comme vous et moi, des gens normaux. On n’est pas tous appelés à devenir des Père Pire, des Mère Teresa ou des Père Damien. Mais tous, nous avons le désir de bien vivre notre foi dans notre famille, dans notre couple, dans notre belle ville de Huy. Commençons par la première lecture.

Elle nous parle d’une femme, d’une pauvre femme marquée par le malheur : elle était stérile. Tout le monde se moquait d’elle, même la deuxième épouse de son mari. Car, oui !, Elqana avait deux femmes, une qui lui avait donné des enfants et une autre, Anne, qui était restée stérile. Elqana, le mari, donnait des cadeaux à sa première femme qui lui avait donné des enfants, mais il ne donnait rien à sa deuxième femme, Anne. C’était donc la honte et l’humiliation à longueur de temps, à longueur d’années. Alors elle est là dans le temple de Silo, titubante de douleurs à un point tel que le grand-prêtre Eli croit qu’elle est saoule. Et malheureusement, on en a rencontré des personnes qui titubaient de douleurs. Cela peut être une femme qui vient de découvrir son mari dans le lit avec une autre femme. La malheureuse voit tout son monde s’effondrer autour d’elle. Elle ne sait plus où aller. Elle marche dans la rue. Elle se heurte aux autres passants. Elle ne les voit même plus. Elle titube de tristesse.

Anne est dans le temple de Silo et supplie le Seigneur de lui accorder d’avoir un enfant. Le miracle a lieu, mais elle réagit de façon assez surprenante. Normalement, elle aurait gardé cet enfant pour elle. Elle avait tellement souffert avant de l’avoir et maintenant qu’elle l’a, il n’était pas question qu’il le laisse partir : voilà la réaction normale qu’elle aurait pu avoir. Cet enfant aurait la preuve vivante qu’elle était une femme normale, qu’elle aussi pouvait avoir des enfants. Et pourtant elle a fait le contraire : elle a offert cet enfant à Celui qui le lui avait donné, elle l’a rendu au Seigneur. Elle a quitté le monde des réactions humaines immédiates, faites parfois d’égoïsme et d’instinct de possession pour s’ouvrir à une dimension surnaturelle, presque divine, celle de l’action de grâces envers Dieu.

Nous avons un autre exemple de cette sublimation de la douleur et de l’égoïsme humain. C’est une femme, une esclave juive, dont la Bible ne donne même pas le nom. Et pourtant ce qu’elle a fait ressemble à ce que Jésus fera sur la croix : donner sa vie pour sauver les hommes. Cette femme était l’esclave de Naaman, un chef de l’armée du roi de Syrie. La pauvre femme avait été enlevée de son village natal par des soldats syriens qui venaient chercher du butin, du bétail et des esclaves. Vous pouvez imaginer ce que cette pauvre fillette a dû subir entre les mains de ces soldats assoiffés de sang et de plaisir. Plus tard, ayant vieilli, elle fut réduite aux tâches ménagères et aux caprices de ses maîtres brutaux et violents. Voilà qu’un jour, Naaman, le chef de l’armée syrienne, est atteint de la lèpre. L’esclave juive aurait pu se réjouir de cette terrible maladie. Elle aurait pu prendre du plaisir à voir son maître peu à peu pourrir de cette terrible maladie. Mais non ! Bien au contraire, elle dit qu’elle connaissait quelqu’un dans son pays qui pourrait le guérir : c’était le prophète Élisée qui, de fait, guérit Naaman. Je trouve cela presque inhumain que cette pauvre femme ait souhaité et ait contribué à la guérison de son maître tout-puissant.

Quelle est la leçon que l’on pourrait retenir de cette petite histoire ? C’est que nous aussi, où que nous soyons, à quelque place que nous soyons dans la société, nous pouvons collaborer à la prédication de la Bonne Nouvelle.

La conclusion de cette histoire, c’est que Naaman reprit un peu de terre d’Israël avec lui pour avoir près de lui la présence de ce Dieu sauveur. Dans la mentalité antique, en effet, le dieu était lié à la terre et la terre était liée à un dieu. Et donc cette esclave juive avait contribué à l’expansion de la vraie foi, celle en un Dieu unique, créateur du ciel et de la terre. Grâce à elle, cette foi allait atteindre la Syrie.

Et Anne, la mère de Samuel, fit de même : en donnant son fils au temple de Silo, elle a permis à Samuel de remplir sa mission divine, sauver le peuple d’Israël.

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Détail du tryptique de Louis XII, émail au champlevé, env. 1500, Victoria & Albert Museum collection © Lawrence Lew, OP

Il en fut de même pour la Vierge Marie. Pourquoi dit-elle, tout étonnée, que le Seigneur s’est penché sur son humble servante ? C’était parce qu’elle était convaincue d’être une fillette sans histoire, sans avenir. Elle était promise en mariage à un homme, elle et lui étaient destinés à vivre une existence monotone dans un petit village de Galilée, perdu au pied de collines semi-désertiques. Mais rien, ni personne n’est perdu pour Dieu.

Tous, là où nous sommes, que ce soit dans un grand bureau ou dans une petite cuisine, dans un sombre coron ou dans une grande maison, tous, nous pouvons apporter la lumière que nous avons reçue, celle de la foi chrétienne.

Mais pour cela, il faut pouvoir découvrir ce que Dieu attend de nous. Et c’est cela qu’un deuxième personnage de cette histoire va nous montrer.

C’est Éli, le grand-prêtre de Silo. La Bible ne dit pas grand-chose à son sujet, sauf que c’est lui qui a rabroué Anne, la mère de Samuel pendant sa prière désespérée. Il a donc accepté le jeune Samuel dans le temple de Silo. C’était pour lui une aide journalière et un soulagement pour ses vieux jours. Mais voilà que ce gamin le réveille pendant la nuit. Le vieil Éli est bien patient. Il ne le chasse pas avec violence. Il le renvoie dans son lit. Et, à la troisième fois, il comprend qu’il y quelque chose d’important qui se passe. Il faut en avoir du courage et de la patience pour réagir comme lui. Combien de fois les parents ne sont-ils pas dérangés par leur enfant qui pleure la nuit et qui vient dans la chambre simplement pour dire : « J’ai peur. » J’admire le courage et la patience des parents devant un tel enfant dans une telle situation. Mais plus difficile encore, c’est quand, à l’âge de l’adolescence, ils commencent à développer de grandes théories et discuter de façon irraisonnée. On a l’impression que leur cerveau fonctionne comme un moteur qui n’est pas embrayé sur la réalité. Ça discute et ça discute.

Mais ce n’est pas le cas avec Éli. Le grand-prêtre a bien entendu que Samuel ne faisait pas un caprice puisque le gamin lui avait : « Tu m’appelles; me voici. » Et c’est là toute la difficulté que nous avons dans les nombreuses, innombrables, incessantes discussions que nous pouvons avoir dans un couple, dans une famille, dans une paroisse, c’est de pouvoir entendre non pas toujours les mêmes arguments, mais la petite touche nouvelle que Jésus peut apporter dans notre vie.

Et c’est cela que Samuel comme Marie nous apprennent aujourd’hui : c’est la disponibilité.

Quand Samuel qui dort pendant la nuit est réveillé par un bruit et qu’il croit que c’est le grand-prêtre Éli qui l’appelle, cela veut qu’il était toujours aux aguets, prêt à intervenir, comme une mère avec son petit-enfant qui geint dans son lit, comme un fermier qui la nuit guette la pluie et se lève pour emporter les derniers ballots qu’il avait laissés sur le champ, mais aussi comme Mère Teresa et Soeur Emmanuelle. Toutes deux étaient des enseignantes et toutes deux elles avaient passé déjà pas mal de temps à l’étranger. Elles étaient engagées dans leur vie de communauté et dans leur travail d’enseignante. Et pourtant elles avaient été touchées par la détresse des agonisants à Calcutta ou des enfants chiffonniers au Caire. Pourquoi ? Elles avaient pourtant toutes les deux les oreilles pleines de la louange de Dieu, elles avaient la bouche pleine de la parole de Dieu, elles avaient le coeur rempli de l’amour de Dieu, mais elles étaient ouvertes, attentives à quelque chose de plus grand et de plus beau. C’est comme la Vierge Marie. C’était une jeune fille qui préparait son mariage. Et pourtant elle n’avait pas que ça en tête. Elle avait gardé cette question à l’intérieur de son coeur et de son esprit : « Seigneur, qu’attends-tu de moi, maintenant que je vais me marier ? »

Et nous, nous pouvons tous et toujours nous poser la même question : « Et toi, Jésus, qu’attends-tu de moi ? »

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Freddy de Hosdent, Public domain, via Wikimedia Commons