On insiste toujours beaucoup sur les grands personnages de la Bible, comme Jésus et Marie, mais on oublie parfois qu’ils sont entourés de personnages moins importants, mais sans eux rien n’aurait pas se passer. Par exemple, qui, la première, a vu Jésus ressuscité ? Ce ne sont pas les apôtres, ni même saint Pierre, c’est Marie-Madeleine. C’est elle qui la première a annoncé qu’elle avait vu Jésus ressuscité. Ces personnages ont l’avantage d’être comme vous et moi, des gens normaux. On n’est pas tous appelés à devenir des Père Pire, des Mère Teresa ou des Père Damien. Mais tous, nous avons le désir de bien vivre notre foi dans notre famille, dans notre couple, dans notre belle ville de Huy. Commençons par la première lecture.
Elle nous parle d’une femme, d’une pauvre femme marquée par le malheur : elle était stérile. Tout le monde se moquait d’elle, même la deuxième épouse de son mari. Car, oui !, Elqana avait deux femmes, une qui lui avait donné des enfants et une autre, Anne, qui était restée stérile. Elqana, le mari, donnait des cadeaux à sa première femme qui lui avait donné des enfants, mais il ne donnait rien à sa deuxième femme, Anne. C’était donc la honte et l’humiliation à longueur de temps, à longueur d’années. Alors elle est là dans le temple de Silo, titubante de douleurs à un point tel que le grand-prêtre Eli croit qu’elle est saoule. Et malheureusement, on en a rencontré des personnes qui titubaient de douleurs. Cela peut être une femme qui vient de découvrir son mari dans le lit avec une autre femme. La malheureuse voit tout son monde s’effondrer autour d’elle. Elle ne sait plus où aller. Elle marche dans la rue. Elle se heurte aux autres passants. Elle ne les voit même plus. Elle titube de tristesse.
Anne est dans le temple de Silo et supplie le Seigneur de lui accorder d’avoir un enfant. Le miracle a lieu, mais elle réagit de façon assez surprenante. Normalement, elle aurait gardé cet enfant pour elle. Elle avait tellement souffert avant de l’avoir et maintenant qu’elle l’a, il n’était pas question qu’il le laisse partir : voilà la réaction normale qu’elle aurait pu avoir. Cet enfant aurait la preuve vivante qu’elle était une femme normale, qu’elle aussi pouvait avoir des enfants. Et pourtant elle a fait le contraire : elle a offert cet enfant à Celui qui le lui avait donné, elle l’a rendu au Seigneur. Elle a quitté le monde des réactions humaines immédiates, faites parfois d’égoïsme et d’instinct de possession pour s’ouvrir à une dimension surnaturelle, presque divine, celle de l’action de grâces envers Dieu.
Nous avons un autre exemple de cette sublimation de la douleur et de l’égoïsme humain. C’est une femme, une esclave juive, dont la Bible ne donne même pas le nom. Et pourtant ce qu’elle a fait ressemble à ce que Jésus fera sur la croix : donner sa vie pour sauver les hommes. Cette femme était l’esclave de Naaman, un chef de l’armée du roi de Syrie. La pauvre femme avait été enlevée de son village natal par des soldats syriens qui venaient chercher du butin, du bétail et des esclaves. Vous pouvez imaginer ce que cette pauvre fillette a dû subir entre les mains de ces soldats assoiffés de sang et de plaisir. Plus tard, ayant vieilli, elle fut réduite aux tâches ménagères et aux caprices de ses maîtres brutaux et violents. Voilà qu’un jour, Naaman, le chef de l’armée syrienne, est atteint de la lèpre. L’esclave juive aurait pu se réjouir de cette terrible maladie. Elle aurait pu prendre du plaisir à voir son maître peu à peu pourrir de cette terrible maladie. Mais non ! Bien au contraire, elle dit qu’elle connaissait quelqu’un dans son pays qui pourrait le guérir : c’était le prophète Élisée qui, de fait, guérit Naaman. Je trouve cela presque inhumain que cette pauvre femme ait souhaité et ait contribué à la guérison de son maître tout-puissant.
Quelle est la leçon que l’on pourrait retenir de cette petite histoire ? C’est que nous aussi, où que nous soyons, à quelque place que nous soyons dans la société, nous pouvons collaborer à la prédication de la Bonne Nouvelle.
La conclusion de cette histoire, c’est que Naaman reprit un peu de terre d’Israël avec lui pour avoir près de lui la présence de ce Dieu sauveur. Dans la mentalité antique, en effet, le dieu était lié à la terre et la terre était liée à un dieu. Et donc cette esclave juive avait contribué à l’expansion de la vraie foi, celle en un Dieu unique, créateur du ciel et de la terre. Grâce à elle, cette foi allait atteindre la Syrie.
Et Anne, la mère de Samuel, fit de même : en donnant son fils au temple de Silo, elle a permis à Samuel de remplir sa mission divine, sauver le peuple d’Israël.